Une révolte arabe ? Non, Sire, une révolution
La révolte de la jeunesse tunisienne, venue à bout de son satrape, a inauguré un processus révolutionnaire qui ébranlera, nous l’espérons ardemment, l’ordre liberticide établi depuis des décennies dans toute la région, avec la complicité des pays occidentaux, soucieux de préserver, au prix du déshonneur, une illusoire stabilité dans cette partie du monde.

Les peuples du « monde arabe », n’en déplaise aux tenants du relativisme culturel et politique, aspirent comme tous les peuples du monde à la liberté, à la sureté que seul un état de droit peut garantir, au libre choix de leurs représentants, à une économie sans prédation ni corruption qui permette à sa jeunesse de se construire un avenir.
En feignant de l’oublier, arguant un jour que « le premier des droits est celui de manger », saluant un autre d’inexistants « progrès en matière de libertés », soutenant jusqu’à la dernière heure un régime policier qui n’hésitait plus à tirer sur le peuple, la France a une fois de plus fait mentir ceux qui voient encore en elle la patrie des droits de l’Homme et l’amie des libertés. A Tunis, c’est une faute qui ne sera pas facilement pardonnée.
Pourtant, la révolte tunisienne n’aurait du étonner personne, tant elle fermente depuis longtemps et est révélatrice d’une situation à la fois catastrophique et scandaleuse dans l’ensemble de cette région, que l’Europe et la France ont choisi longtemps d’ignorer.
Des régimes autoritaires sourds aux besoins des populations, une démographie explosive, une jeunesse désœuvrée et souvent peu instruite, des femmes aliénées et assignées à la sphère familiale, un environnement fragile marqué par la désertification et une urbanisation sauvage, une économie anémiée dont les rares fruits sont confisqués par quelques uns, une éducation rétive à l’esprit critique, une religion du fatalisme, enfin, qui peine à s’adapter à la modernité : tels sont les ingrédients de l’explosion inéluctable que désignaient, il y a dix ans déjà, une série de rapports accablants, écrits par des intellectuels arabes pour le PNUD, l’agence des Nations-Unies pour le développement.
Depuis, la situation a empiré. Moins industrialisé aujourd’hui que dans les années 70, le monde arabe, pourtant naturellement riche, est maintenu par ses dirigeants dans le sous-développement. Et les rares emplois créés par ces économies somnolentes ne sont pas en mesure de répondre à une pression démographique exceptionnelle : 60% des habitants de la région ont moins de 25 ans, en faisant la zone la plus jeune de la planète avec un âge moyen de 22 ans contre 28 ans pour la moyenne mondiale.
Cette jeunesse, qui dispose d’un vaste espace, d’une culture ancienne, d’une langue commune, vit malgré ces atouts dans un état de pauvreté et de précarité généralisées. Régentée par des régimes anachroniques, abandonnée au chômage, privée de libertés politiques et économiques, elle n’a d’autres perspectives que la soumission, la frustration ou l’exil, de plus en plus aléatoire à l’heure où les frontières de l’Europe tendent à se fermer.
Nous qui regardons, sur la rive Nord de la mare nostrum, ce désastre qui va accoucher, nous l’espérons, d’un monde meilleur, devons mesurer l’importance de ce moment.
La jeunesse arabe n’a pas dit son dernier mot. Vivant désormais majoritairement dans les villes, elle s’y affranchit des tutelles traditionnelles, élargit ses horizons à travers Internet et les télévisions satellitaires, qui abolissent des frontières jusque là si étanches et mettent à mal le contrôle de l’information par les gouvernements.
Partout, ils ont vu les Iraniens défier les mollahs dans les rues de Téhéran, assisté en direct à la chute du tyran de Carthage, et maintenant à l‘insurrection qui secoue le pouvoir égyptien. Depuis des années, ils s’abreuvent des films et séries issus du monde libre. Et si la planète est désormais pour eux aussi un village, leur frustration n’en est que plus grande, et leur soif de changement irréductible.
Mais s’ils sont lassés des vieillards cupides et pathétiques qui leur tiennent lieu de gouvernants depuis qu’ils sont nés, ils ne semblent pas pour autant séduits par les discours islamistes, pas plus que par les chimères marxistes. De Tunis à Sanaa, ils n’ont qu’un seul mot d’ordre : Liberté.
Les changements ne vont pas s’arrêter aux frontières de la Tunisie. Du Maroc au Yémen, tout un monde va basculer demain. La France et l’Europe ne pourront pas faire beaucoup plus que d’observer et espérer que ces bouleversements prennent une orientation positive et démocratique.
Espérons qu’à l’avenir, plutôt que le savoir-faire de nos services de sécurité, nous offrirons à la jeunesse arabe des bourses d’études, des investissements pour favoriser les emplois, une coopération institutionnelle et des échanges commerciaux.
Le rêve d’une Méditerranée qui ne serait plus un fossé entre deux rives, mais un lien entre celles-ci, exige pour se réaliser un esprit nouveau au Nord comme au Sud. Un esprit qui chante la recherche du bonheur, de la liberté et de la démocratie. Nous attendons avec impatience que celle-ci devienne clairvoyante au Nord et triomphante au Sud.
Le comité parisien du MLG organise le mercredi 9 février une rencontre-débat autour du thème « Tunisie, une révolution libérale ? », en compagnie de deux opposants tunisiens réfugiés en France. Rendez-vous à partir de 19h à l’Autre Café, 62 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11 (M° Parmentier).
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par LibGauche le 30 janvier 2011 à 19:29, et placée dans Communiqués. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |



about 2 years ago
Nos universités et centre de formaton sont emplis d’étrangers du monde arabe et vous parlez de les accueillir encore plus?! Et de leur octroyer des bourses alors que les Français sont à la peine. Celà sonne comme une provocation. Pas encore au pouvoir et déjà autistes. En Tunisie, pour ne citer que ce pays, il y a des centaines de milliers de diplomés au chômage. Depuis même avant les indépendances que nous les instruisons le problème n’est pas leur ignorance mais la suppression de la liberté par des régimes inspirés par l’ex-URSS du temps de la guerre froide.
about 2 years ago
Excellent article mais quelle tristesse de lire autant d’idioties dans le commentaire ci dessus!
Comment remédier à cette fracture nord sud? Ne serait-ce pas à travers des échanges éducatifs et socio culturels? Mais non! comme vous dites les français peinent déjà! c’est tout à fait l’attitude du petit français nombriliste dont les propos frôlent l’antisémitisme… Vous n’avez décidément rien compris aux dialogues des cultures et des civilisations…
Quant aux propos: » Depuis même avant les indépendances que nous les instruisons le problème n’est pas leur ignorance…. » Insinuez vous que le peuple tunisien et arabe en général est analphabète ou ignorant? J’ose espérer que je me trompe! Et sachez que ce petit pays pourrait vous donner des leçons aujourd’hui! Après la chute de la dictature, ce pays n’est plus à la merci de la France qui justement a cautionné ses dictatures du Monde Arabe et qui, en pleine révolte d’un peuple se propose d’envoyer ses CRS en renfort pour tuer plus de civils et calmer le jeu sans doute…sauf que ce n’est plus un jeu, le Monde Arabe est entrain de donner des leçons de liberté et de démocratie au Monde entier aujourd’hui..