Les conséquences du séisme et du tsunami japonais sur la centrale nucléaire de Fukushima appellent à un légitime débat sur notre politique énergétique. Celui-ci doit être démocratique, éclairé par la raison et préservé des tentations régressives.

C’est un mauvais procès, instruit par un pouvoir d’habitude si prompt à exploiter le moindre fait divers pour imposer son agenda liberticide, d’accuser aujourd’hui les écologistes de « récupérer » les évènements japonais pour critiquer les choix nucléaires de nos gouvernants.

En effet, comment ne pas voir dans le drame qui se déroule au Japon une validation des inquiétudes de ceux qui nous ont mis en garde contre les risques du nucléaire depuis des décennies, tandis que politiques et experts à la solde de l’industrie niaient tout danger ?

Il est légitime que ce débat ait lieu, c’est même une exigence démocratique. Un référendum pourrait en être l’occasion, lequel aurait aussi le mérite, quel qu’en soit le résultat, d’inviter nos voisins européens à débattre également de cette question, par nature transfrontalière.

Les libéraux ont beaucoup d’objections à opposer au nucléaire : l’opacité congénitale du secteur, sa nécessaire hypercentralisation, la soumission de chacun aux choix à long terme imposés par l’État, les investissements publics considérables dédiés à la filière, l’estimation hasardeuse des coûts de démantèlement des centrales et de gestion des déchets et, bien sûr, les risques incommensurables induits par cette technologie en cas d’accident.

La gestion de la catastrophe de Fukushima illustre une fois encore, bien au-delà de nos frontières, le goût du secret attaché au nucléaire. C’est pourquoi le MLG appelle à signer la pétition initiée par la CRIIRAD, demandant que les mesures mondiales de radioactivité, issues du réseau de laboratoires mis en place par le Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires, aujourd’hui confisquées par les États, soient rendues publiques en temps réel.

Les populations affectées, au-delà des frontières, par les conséquences de choix politiques qu’elles n’ont jamais validés, ont le droit de connaître tous les détails de la menace qui pèse sur elles. Et si ces conséquences s’avéraient dommageables, les victimes devraient aussi pouvoir demander justice et réparations aux responsables de la catastrophe.

Nous savons qu’aucune source d’énergie n’est exempte d’inconvénients à ce jour : les énergies fossiles seront de plus en plus chères à l’avenir, rareté oblige, et comportent des risques qui leur sont propres. Les économies d’énergie sont une nécessité mais ne seront de toute évidence pas suffisantes, sauf à mettre en péril le développement de nos économies et sans doute beaucoup de ce qui fait notre confort et notre qualité de vie.

L’espoir réside dans les énergies renouvelables, qui se développent rapidement, mais dont le coût ne deviendra acceptable que dans quelques décennies. Elles ne manquent pas d’attraits aux yeux des libéraux : le solaire et l’éolien, notamment, qui permettent la production d’énergie à petite échelle, éventuellement individuelle, mettraient fin à bien des dépendances énergétiques.

Si ces préoccupations nous rapprochent de la plupart de ceux qui se soucient d’écologie et sont attachés à l’idée de développement durable, nous voulons néanmoins mettre en garde contre une certaine vision de l’écologie, réticente à l’idée même de développement, tentée parfois de ranger l’humanité, coupable du progrès technique, au rang de parasite d’une nature idéalisée, qu’il faudrait honorer au prix d’un nouvel interventionnisme radical.

Loin de ces tentations, visant à nous rapprocher d’un « état de nature » dont notre espèce a mis tant de siècles à s’extraire, indifférents aussi aux ambitions industrielles d’une caste qui a jusqu’à présent prohibé toute discussion sérieuse sur la question en France, nous en appelons au débat démocratique, éclairé par la raison et le savoir scientifique, pour faire émerger les solutions qui feront notre avenir énergétique et opérer d’inévitables choix collectifs.

Il nous faudra à la fois gérer le présent, c’est à dire trouver le meilleur compromis à court terme entre nucléaire et fossile, et préparer l’avenir, qui nous semble reposer sur l’usage de nouvelles ressources, renouvelables et bientôt compétitives. Gageons que, cette fois encore, c’est la recherche scientifique et la dynamique des échanges économiques qui apporteront, comme elles l’ont fait depuis des siècles, les solutions qui permettront à l’humanité d’assurer son développement, en harmonie avec une planète que nous voulons tous préserver.