Au prétexte de célébrer le cinquantenaire des indépendances africaines, les Champs-Elysées verront défiler ce 14 juillet, journée symbole de la conquête des libertés, les armées d’une brochette de dictatures soutenues par la France depuis des décennies, au mépris de populations qui rêvent de prendre elles aussi leurs Bastille.

Enfant soldat au TchadSi les nominations en 2007 de Bernard Kouchner aux Affaires Étrangères et de Jean-Marie Bockel à la Coopération ont un temps permis d’espérer un changement des relations qu’entretient la France avec ses anciennes colonies, il nous fallu bientôt déchanter.

Bockel était débarqué dès mars 2008, sur injonction d’Omar Bongo, pour avoir affiché sa volonté d’en finir avec la Françafrique. Le même Omar Bongo qu’appelait Nicolas Sarkozy le soir de son élection en 2007 pour le « remercier de ses conseils », avant même la fermeture des bureaux de vote, et qui a vu son fils lui succéder en 2009 avec le soutien de Paris.

Quand au french doctor, tout semble indiquer qu’il est tenu à l’écart des affaires africaines au profit de Claude Guéant, Secrétaire Général de l’Elysée, entouré de quelques rescapés des réseaux Foccart. Jean-Christophe Rufin en a récemment témoigné, qui vient d’être démis de ses fonctions d’Ambassadeur au Sénégal à la demande expresse du président Abdoulaye Wade, qui lui aussi verrait bien son fils lui succéder.

Pendant ce temps, on réprimait les manifestants à Port-Gentil, on massacrait les réfugiés à Brazzaville, on assassinait les opposants et on enrôlait des enfants à N’Djamena. Et le gouvernement français légitimait sans vergogne les coups d’État malgache et mauritanien comme les hold-up électoraux gabonais et congolais.

L’invitation faite à ces armées, plus rompues à la répression des mouvements démocratiques qu’à la défense de leurs populations, de défiler sur les Champs-Elysées un 14 juillet, jour de la prise de la Bastille et symbole de la conquête des libertés, est tout simplement indécente.

C’est aussi un message sans ambigüité adressé à tous ceux qui luttent dans ces pays pour la démocratie et la liberté, et qui voient leurs bourreaux recevoir tous les honneurs au « pays des droits de l’homme » : la France n’a que faire de votre sort, elle a des « intérêts supérieurs » à défendre !

Mais tandis que cette Françafrique se sclérose, incapable de sortir des impasses tragiques dans lesquelles l’a menée la politique postcoloniale de la France, elle semble de plus en plus isolée sur un continent qui a retrouvé le chemin du développement et se porte de mieux en mieux.

Cette autre Afrique, qui s’est affranchie de ses anciennes relations coloniales, tire l’ensemble du continent vers l’avant. Outre l’Afrique du Sud, qui symbolise ce renouveau, de nombreux pays qui furent jadis des dépendances britanniques ou portugaises, forment aujourd’hui un arc vertueux, de l’Angola jusqu’au Kenya, en passant par le Botswana, la Zambie ou le Mozambique, avec la désastreuse exception du Zimbabwe.

Au Liberia, en Sierra Leone, au Rwanda ou au Kenya, les conflits anciens se sont apaisés et les élections démocratiques sont désormais la règle. Et la croissance, soutenue par des économies de plus en plus performantes et ouvertes au monde, est aussi au rendez-vous de ce renouveau.

Dans ce paysage en mouvement, la Françafrique et ses magouilles apparaît désormais comme une triste et anachronique exception. Bockel la disait moribonde et voulait « signer son acte de décès », nous espérons de tout cœur qu’il a raison et que l’enterrement est pour bientôt.