Compétitivité : la gauche doit oser le réformisme radical !
14/12/12
Le crédit d’impôt pour les entreprises, adopté à l’Assemblée Nationale par une majorité convertie in fine aux avantages de la TVA, a quelque peu rassuré des acteurs économiques préalablement échaudés. Nous espérons que cette mesure n’est que le prélude à une action réformatrice plus ambitieuse, qui seule permettra de restaurer la compétitivité de notre économie et de refonder un système de protection sociale à bout de souffle.
Après avoir honoré les plus symboliques et superficielles de ses promesses de campagne, comme autant de marqueurs du retour aux affaires du Parti socialiste (augmentations d’impôts, création d’emplois subventionnés, coup de pouce au smic…), François Hollande a su rassurer les milieux économiques en annonçant, à la suite du rapport Gallois, le transfert de 20 milliards d’euros de prélèvements obligatoires des entreprises vers les ménages.
Si le mécanisme retenu souffre d’une inutile complexité et produira sans doute son lot d’effets indésirables (dont le moindre n’est pas le risque de voir nombre de salaires artificiellement bloqués sous le plafond établi à 2,5 SMIC), cette bouffée d’oxygène a toutefois été plutôt bien accueillie par les entreprises dans un contexte économique dangereusement dégradé.
Pourtant, si cette nouvelle niche fiscale permettra à court terme d’améliorer quelque peu les marges d’entreprises exsangues, l’effet de la mesure sur leur compétitivité à l’exportation sera marginal, compte tenu de la faible part des coûts salariaux dans le prix de vente de la plupart des produits industriels. Dans l’automobile, par exemple, la mesure n’affectera le prix d’une voiture qu’à hauteur de 2%, soit le niveau d’inflation annuel en France.
S’il nous parait pertinent, pour assurer le financement de notre protection sociale, de recourir à d’autres sources que les revenus du travail, qui perdent progressivement leur place centrale dans le processus de création de richesses, nous restons pourtant convaincus que ce n’est pas un simple transfert de charges qui rétablira durablement la compétitivité de notre économie.
En effet, il est raisonnable de penser que cette hausse de TVA, qui va de facto diminuer le pouvoir d’achat des ménages, induira une tension à la hausse sur les salaires. Le gain pour les entreprises sera donc progressivement absorbé par la hausse des coûts salariaux. N’oublions pas que, dans une économie de marché, les équilibres finissent toujours par se rétablir.
Télécoms : concurrence ou connivence ?
25/07/12
Quelques mois seulement après avoir loué les vertus de la concurrence dans le secteur de la téléphonie, Arnaud Montebourg, devenu ministre, fustige désormais une logique néfaste et destructrice d’emplois, à la grande satisfaction des tenants de l’oligopole. Déconstruction d’un sophisme ordinaire par David Poryngier et Aymeric Pontier.*
C’était au début de l’année 2012, et pourtant ça semble déjà si loin. Arnaud Montebourg déclarait alors sur son compte Twitter : « Xavier Niel vient de faire avec son nouveau forfait illimité plus pour le pouvoir d’achat des Français que Nicolas Sarkozy en 5 ans ».
Bien sûr, il s’agissait là de faire un bon mot au détriment de l’ancien Président. Mais lire ainsi le chantre de la « démondialisation » pendant les primaires socialistes faire l’apologie de la concurrence et des bienfaits qu’elle apporte au pouvoir d’achat des Français – surtout les moins aisés -, avait fait chaud aux cœurs des libéraux de gauche. Hélas, ce soudain élan de lucidité aura été bien éphémère !
En effet, dès le 14 juin, dans un entretien accordé à Challenges, le nouveau Ministre du redressement productif se fendait d’une attaque en règle contre l’Arcep, l’autorité de régulation des communications électroniques et des postes, lui reprochant d’avoir entraîné le marché de la téléphonie mobile vers son « autodestruction » en autorisant un quatrième opérateur et d’avoir bien trop « favorisé » par là le consommateur au détriment de l’emploi…
Un tel retournement a de quoi laisser perplexe ! D’autant qu’Arnaud Montebourg reprenait presque mot pour mot les arguments avancés précédemment par les opérateurs Orange, Bouygues Telecom et SFR, férocement opposés à l’immixtion de Free Mobile dans leur confortable oligopole. Leur lobbying acharné pour empêcher l’arrivée de ce nouvel acteur sur le marché restera dans les annales. Rappelons que l’Autorité de la concurrence avait condamné les trois opérateurs pour entente illégale en 2005.
Ajoutant à la confusion, un autre épisode troublant, mais très révélateur des manœuvres en cours dans les coulisses du pouvoir, intervenait au mois de juin. Lors d’un journal télévisé sur TF1, le nouveau ministre fut l’objet d’un reportage pour le moins flatteur, sinon dithyrambique. Présenté comme un « général » sur le front de la guerre économique, on l’y voit affairé avec son équipe à « sauver » l’industrie française de l’infâme mondialisation. Une soudaine bienveillance qui pourrait nous étonner, de la part d’une chaîne dont Arnaud Montebourg dénonçait il y a quelques temps la « tradition délinquante » et les « rapports de proximité politique » avec la droite.
Fédéralisme ou désunion : l’Europe au pied du mur
18/07/12
Après le sommet européen de juin, qui a renforcé l’union monétaire et économique entre les états membres de la zone euro, la perspective d’un « saut fédéral » de l’Union est de moins en moins tabou. D’évidence, l’Europe doit aujourd’hui se muer en une véritable fédération, sauf à se disloquer sous la pression d’intérêts nationaux divergents. Mais cette refondation ne pourra pas se faire sans la participation des peuples. Tribune libre par Michel Faure*
La crise que nous traversons exige des réponses politiques et non des placebos économiques, parce qu’elle est le fruit de l’incohérence institutionnelle de l’Europe.
Celle-ci, depuis ses origines, aux lendemains de l’après-guerre, n’a pas su choisir clairement dans la seule alternative que lui présentait l’avenir : un vaste et libre marché, ou bien une fédération, fût-elle largement décentralisée. Toujours, elle a balancé entre ces deux options, ouvrant un « marché commun » après avoir refusé une communauté de défense (la CED), puis créant une « Union », et enfin une monnaie commune, sans pour autant en accepter les exigences fédératives.
Aurait-elle choisi le vaste libre marché, qui convient tout à fait, par exemple, au Royaume-Uni, que l’Europe n’aurait tout de même pas fait l’économie de la question du fédéralisme. Elle vivrait aujourd’hui sans doute d’autres crises, monétaires elles aussi, de dévaluations compétitives pour tenter de gagner quelques avantages dans cette zone de libre-échange. L’Europe ne serait toujours pas un lieu sans conflit et, pour les désamorcer, sans doute nous serions-nous dirigés vers de nouvelles règles qui, petit à petit, auraient grignoté nos souverainetés nationales. Même dans un tel scénario, donc, nous nous serions aussi, finalement, reposé la question du fédéralisme.
L’Europe aurait pu, dans l’immédiat après guerre, devenir un ensemble fédéral, des Etats-Unis d’Europe, avec une constitution calquée sur celle des Etats-Unis qui est un modèle de simplicité. Un président élu, chef de l’exécutif, une chambre représentant les peuples et un sénat représentant les Etats, de manière égalitaire sans considération de leur population (chaque Etat élit deux sénateurs, la Californie, qui compte plus de 37 millions d’habitants, tout comme le Wyoming, qui en compte moins de 600.000). Les Etats membres ont leur propre constitution, leur propre gouvernement national et leurs pouvoirs législatif et judiciaire. Tous reconnaissent cependant leur appartenance à une seule nation, les Etats-Unis d’Amérique, tout en cultivant leurs particularismes.
Hélas, cet « après-guerre » qui fut le temps des grandes décisions européennes ne joua pas en faveur de la fédération qu’appelaient pourtant de leurs vœux la plupart des « pères » de l’Europe, d’Altiero Spinelli à Jean Monnet en passant même par Winston Churchill. Tous évoquèrent « les Etats-Unis d’Europe », mais c’était une idée trop « atlantiste » et américanophile pour une droite conservatrice et patriote comme celle du gaullisme, par exemple, et une gauche encore fortement influencée par le marxisme. Avec la Guerre froide qui déjà menaçait, la gauche européenne avança son propre projet d’un « Mouvement pour les Etats-Unis socialistes d’Europe » dont nous eûmes assez vite une idée, hélas, avec les émeutes ouvrières de Berlin puis l’édification de son mur, et avec Budapest et Prague. Ce conflit entre deux Europe, l’occidentale et l’orientale, que séparait un symbolique « rideau de fer » et l’exaltation générale du patriotisme, ravivé par les conflits anciens, les amertumes des guerres coloniales et les tensions est-ouest, eurent raison de ce rêve fédéral.
Soutien aux Pirates pour les élections législatives
8/06/12
Les propositions du jeune Parti Pirate, fondées sur la défense des droits fondamentaux et une nouvelle radicalité démocratique, nous apparaissent comme un oasis dans un paysage politique dominé par un discours interventionniste et dangereusement liberticide. Le Mouvement des Libéraux de Gauche appelle en conséquence à voter pour ses candidats aux législatives.
Fondé en 2006 en Suède pour contrer les atteintes aux libertés sur Internet et défendre le libre accès aux savoirs et à la culture, le Parti Pirate faisait élire trois ans plus tard ses premiers députés au Parlement Européen. Aujourd’hui constitué dans de nombreux pays, il rencontre un succès notable en Allemagne, où il siège désormais dans plusieurs parlements régionaux et apparait dans les sondages comme la troisième force politique du pays.
En France, le Parti Pirate participera pour la première fois à une élection nationale à l’occasion de ces législatives, auxquelles il présente une centaine de candidats. Si la moitié d’entre eux réussit à atteindre le seuil de 1% des voix au premier tour de scrutin, cela ouvrira la porte à un financement public du mouvement, qui facilitera son développement et sa pérennisation dans notre pays.
Au-delà des thèmes portés par les Pirates dans cette campagne – transparence de la vie politique, ouverture des données publiques, lutte contre le fichage abusif, indépendance de la justice, légalisation du partage – qui sont autant de combats communs, c’est plus largement dans leur radicalité démocratique, leur souci constant des droits fondamentaux et des libertés individuelles que nous retrouvons l’essentiel de nos valeurs et reconnaissons des camarades en Liberté.
Une inspiration libérale que nous identifions aussi dans leur approche, encore imprécise, des questions économiques et sociales. Promoteurs par essence de la libre entreprise et des échanges, les Pirates ont fait de la lutte contre les monopoles – au moins privés – une de leurs priorités, tout en mettant en avant le potentiel économique des nouvelles technologies et ses conséquences sur l’évolution des échanges et des modalités du travail, dans un monde en profonde mutation.
Aussi, on ne s’étonnera pas de retrouver, parmi leurs propositions « compatibles », défendue par nombre des candidats en lice, la mise en place d’une Allocation universelle, idée chère à notre cœur, hélas encore méconnue des Français. Présentée comme un « revenu de vie universel et inconditionnel » qui viendrait en « remplacement des multiples aides et allocations » existantes, la proposition Pirate semble parfaitement en phase avec la vision que nous portons nous-même de cette réforme.
Une raison de plus, s’il en était besoin, pour appeler nos adhérents et sympathisants à soutenir et voter pour les candidats du Parti Pirate au premier tour des élections législatives, afin de pérenniser la construction de ce jeune mouvement et l’encourager à persévérer dans ce beau combat qui nous unit, pour les libertés et pour la nécessaire modernisation de notre pays.
Pour voter Pirate, imprimez votre bulletin en ligne : http://legislatives.partipirate.org/2012/
Et si François Hollande relisait le rapport Attali ?
10/05/12
Dès 2008, le rapport de la Commission pour la libération de la croissance, présidée par Jacques Attali, répondait aux trois objectifs que s’est fixé le nouveau Président de la République : la croissance, la justice et l’avenir de la jeunesse. Il n’est peut-être pas trop tard pour mettre en œuvre les solutions qui y étaient proposées. Tribune libre par Michel Faure*.
François Hollande veut de la croissance, de la justice et de l’avenir pour la jeunesse. Fort bien. Ce sont trois beaux objectifs, mais comment les atteindre ? Relire et adopter les propositions du rapport de la Commission pour la libération de la croissance, qu’avait présidée Jacques Attali en janvier 2008, et son complément pour sortir de la crise, présenté en octobre 2010, est une solution.
Ces deux rapports répondent aux questions que posent les trois objectifs de Hollande.
La croissance ? Oui, mais comment renouer avec elle sans aggraver les dépenses publiques, sans alourdir les impôts et sans trop compter non plus sur nos partenaires européens qui ont suffisamment de problèmes chez eux pour s’occuper des nôtres ?
La justice ? Bien sûr, mais comment la restaurer dans un système structurellement conservateur, marqué par des décennies de clientélisme, de connivences et de préservation de privilèges ? Comment démanteler des « droits acquis » jugés sacro-saints, les rentes de situation, les numerus clausus, les exceptions au droit ? Comment cesser de protéger de la concurrence des secteurs subventionnés, comment ne plus tolérer des inégalités criantes entre les sexes, entre les statuts, entre les régimes de retraite, entre les villes et les banlieues ?
La jeunesse ? Évidemment. Mais comment garder chez nous tous ces jeunes diplômés qui trouvent de vrais emplois ailleurs, à Londres ou à Singapour, pour échapper aux stages sous payés ou aux CDD précaires en France ? Comment faire pour maintenir dans le système scolaire la proportion considérable de jeunes qui le quittent chaque année sans qualification ? Comment hisser nos universités au niveau des meilleures grandes écoles mondiales ? Comment, finalement, donner des emplois productifs aux jeunes Français qui n’ont aujourd’hui pour seul horizon que le chômage ou la précarité ?
A toutes ces questions, la commission Attali apportait déjà des réponses au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, et relire le rapport de janvier 2008 aujourd’hui provoque deux sentiments contradictoires : la désolation devant tant de temps perdu, et l’espoir qu’il n’est pas trop tard encore pour mettre en œuvre les solutions d’évidence qui étaient proposées.
Présidentielle : l’impasse antilibérale
4/05/12
Au terme d’une campagne électorale qui fut, pour tous les amoureux de la liberté, une épreuve de chaque instant, le second tour, opposant deux candidats rivalisant dans l’antilibéralisme et les promesses chimériques, apparaît comme un cul-de-sac.
Pour les libéraux de toutes sensibilités, la campagne électorale qui s’achève fut un véritable chemin de croix, qui se mue en impasse face à l’alternative du second tour, qui opposera deux candidats aux discours anachroniques, rivalisant dans l’antilibéralisme.
Tous deux promettent symétriquement le renforcement des prérogatives d’un Etat pourtant omniprésent dans la vie des Français, rognant chaque jour un peu plus sur les libertés et dont la déraison a trouvé ses limites dans la crise des dettes souveraines.
De la droite au pouvoir nous n’attendions rien.
Ceux qui, parmi les libéraux, avaient misé sur les promesses de rupture du candidat Sarkozy en 2007, espérant une réforme en profondeur de notre « modèle social » en déroute et un semblant de responsabilité budgétaire, en sont aujourd’hui pour leurs frais.
Si quelques initiatives heureuses avaient marqué le début du quinquennat – RSA, autonomie partielle des universités, statut d’auto-entrepreneur ou rupture conventionnelle du contrat de travail – les ambitions réformatrices affichées ont bientôt fait place, à la faveur de la crise, à la démagogie des peurs : surenchère sécuritaire, désignation de boucs émissaires, xénophobie décomplexée, défiance antieuropéenne, mépris des contre-pouvoirs, poujadisme ordinaire.
Qui s’étonnera que se profile désormais une alliance réactionnaire à la droite de l’échiquier politique, plébiscitée dans les sondages par une large majorité d’électeurs UMP, qui ont acté la validation des thèses historiques du Front National par le Président sortant ?
Il va de soi que nous ne pouvons nous retrouver dans le projet de ce candidat et de cette droite. Mais combien d’entre nous apporteront pour autant leur suffrage au représentant de la gauche ?
Une gauche qui n’a pas été capable, après dix années dans l’opposition, de formuler un véritable projet réformiste pour le pays, se contentant de troquer ses vieilles lubies marxistes pour un discours de totale vacuité, ponctué de « changement » et de « rassemblement », avec pour seule ambition l’alternance et pour tout horizon l’inertie.
Une gauche qui continue d’ignorer les mécanismes de l’économie ouverte et la réalité de la globalisation du monde, qui feint de croire encore qu’on peut bloquer les prix des loyers ou celui des carburants, dont le candidat peut accuser sans rire la droite d’avoir « participé à la mondialisation libérale, à l’Europe de la concurrence, à l’ouverture des marchés ».
Proportionnelle : une urgence démocratique
18/03/12
Alors que les principaux candidats à la Présidence proposent d’introduire une « dose », plus ou moins « marginale », de scrutin proportionnel aux élections législatives, le Mouvement des Libéraux de Gauche se prononce pour l’élection des députés à la proportionnelle intégrale, une réforme indispensable pour ressusciter notre démocratie parlementaire moribonde.

10% ? 15% ? 25% ? Le chiffre fait débat parmi les trois candidats en situation – à ce jour – d’être élus en mai prochain à l’Élysée, concernant la part de députés qu’ils souhaitent voir élus à la proportionnelle.
Passons sur le caractère chimérique des promesses faites en la matière par les candidats issus des deux partis oligarchiques qui, outrageusement favorisés par la bipolarisation du paysage politique, ont tout intérêt à maintenir le scrutin majoritaire en l’état.
Plus regrettable nous apparaît le revirement de François Bayrou, dont la reconstruction de notre démocratie constitue pourtant un pilier du projet présidentiel, et qui proposait en 2007 que la moitié des députés soient désormais élus à la proportionnelle.
Pourquoi avoir réduit cette ambition à 25% des sièges, qui plus est avec un mécanisme de majorité absolue automatique à l’italienne, le parti arrivé en tête se voyant attribuer automatiquement les sièges manquants pour atteindre la majorité absolue ? C’est un invraisemblable contresens pour celui qui veut contraindre, à juste titre, les courants politiques réformistes de notre pays à travailler ensemble !
En effet, l’élection des députés à la proportionnelle aurait pour principal avantage de rendre enfin nécessaire l’obtention d’une majorité véritable pour voter les lois. Comment admettre en démocratie, comme c’est le cas aujourd’hui en France, qu’un parti porté au pouvoir par moins d’un électeur sur trois puisse légiférer comme il l’entend, au mépris de la majorité des citoyens ?
L’élection des députés à la proportionnelle permettrait aussi l’entrée de nouvelles formations au Parlement, pour y porter la voix de nombreux électeurs aujourd’hui exclus de toute représentation nationale, et autoriserait ainsi la tenue de débats ouverts et réellement démocratiques.
Elle favoriserait enfin l’émergence de majorités d’idées au Parlement, permettant de dépasser les clivages, trop souvent artificiels, entre une majorité aux ordres et une opposition systématique.
Quant au risque d’instabilité politique qu’induirait cette réforme, contre lequel nous mettent en garde ses détracteurs, il est en réalité souhaitable : est-il sain qu’un gouvernement reste en place pendant cinq ans si sa politique est rejetée par la majorité des Français durant quatre de ces cinq années ? Mieux vaut une relative instabilité que les pleins pouvoirs à une minorité !
Primaires citoyennes : l’imagination au rancart
7/10/11
Le Parti Socialiste a démontré, à travers l’organisation des « primaires citoyennes », qu’il était capable de renouveler profondément ses pratiques politiques. Il est regrettable qu’il n’en soit pas de même en ce qui concerne ses idées et ses propositions. A défaut d’un candidat libéral à cette élection, le MLG apporte son soutien au prétendant radical, Jean-Michel Baylet.
C’est avec la plus grande attention, comme des millions de sympathisants de gauche, que les militants du MLG ont suivi les débats qui ont animé la campagne pour les « primaires citoyennes » organisée par le Parti Socialiste et son allié radical. Une innovation que nous saluons et à laquelle nous invitons nos adhérents et sympathisants à participer dimanche.
Pour autant, les propositions avancées par les différents candidats ne nous ont pas convaincues.
Alors que notre pays a besoin d’une réforme profonde et urgente de son modèle social, dont l’architecture même est remise en cause par l’explosion de la dette publique et la persistance d’un chômage endémique que nul ne prétend même plus résorber, la plupart des candidats ne nous proposent que des ajustements à la marge d’un système à bout de souffle.
Qu’il s’agisse de l’organisation du travail, de la crise du logement, des quartiers abandonnés, de la faillite de l’école, de l’insertion ou de la grande pauvreté, c’est en vain qu’on cherchera dans les propositions des candidats socialistes les idées nouvelles qui constitueraient un début de réponse à ces impérieux défis auxquels ne pourra pourtant pas échapper le prochain gouvernement.
Notons l’heureuse exception que constitue la promesse d’un système de retraites à la carte, sur le modèle suédois, qui semble en bonne voie de faire consensus au Parti Socialiste. Il est dommage que les différents candidats ne se soient pas inspirés davantage des réformes audacieuses menées par leurs camarades suédois, qui ont su en quelques années juguler l’endettement de leur pays, moderniser son administration et dynamiser son économie, tout en maintenant un niveau inégalé de prestations sociales.
On déplorera aussi l’absence de toute stratégie de désentettement crédible, alors même que le service de la dette constitue désormais le premier poste de dépenses du budget. Au contraire, c’est en proposant de nouvelles dépenses publiques, plutôt que par des projets de réformes, que la plupart des candidats ont cherché à se distinguer lors des débats.
Cela dit, à contrario de la surenchère interventionniste pratiquée par certains – mais faut-il s’en étonner de la part de ceux qui vont chercher la bénédiction communiste à la Fête de l’Humanité ? -, entre lubies de démondialisation, interdiction des licenciements ou de la spéculation, tutelles publiques et autres blocages des prix, il nous faut saluer la détermination des deux candidats qui, d’un bout à l’autre de la campagne, ont su rappeler aux uns et aux autres la vanité des velléités étatistes et le devoir de vérité de la gauche face à la situation de nos finances publiques.
Après DSK, quel avenir pour la gauche libérale ?
2/06/11
La défection de Dominique Strauss-Kahn pour l’élection présidentielle, avant même qu’il ait pu émettre la moindre proposition, est une déception pour la gauche libérale : l’espoir d’un projet de progrès pour la France, conciliant modernité et efficacité sociale, s’estompe sans que l’on sache s’il était réellement incarné.
Quoi qu’il se soit passé dans le huis-clos de la suite 2806 du Sofitel de New-York, et sans faire injure à la présomption d’innocence, nul ne peut ignorer la réalité politique nouvelle que crée, pour la gauche française, la situation qui est celle de Dominique Strauss-Kahn.
De toute évidence, même si celui-ci était innocenté demain des lourdes charges qui pèsent contre lui, il est improbable qu’il puisse revenir dans la course pour l’élection présidentielle de 2012.
Cette situation est désolante pour tous ceux qui espéraient que le favori des sondages incarnerait pendant la campagne une gauche à la fois moderne, ambitieuse et réaliste, ouverte sur le monde et capable de gérer les comptes du pays avec responsabilité.
Paradoxalement, beaucoup attendaient de lui qu’il mène les socialistes au pouvoir tout en espérant qu’il n’y applique pas le programme, insipide et archaïque, concocté par les apparatchiks de la rue de Solférino sous le sceau du plus petit dénominateur commun.
DSK portait les espoirs de très nombreux électeurs, non seulement parmi les socialistes les plus ouverts aux idées libérales, mais aussi parmi les centristes et même de nombreux sympathisants de droite déçus par la politique de Nicolas Sarkozy, rétifs à son dirigisme, inquiets de l’évolution de nos finances publiques ou indignés par la dérive populiste de sa politique sécuritaire.
Tous espéraient qu’avec ce candidat la gauche parviendrait enfin à se réconcilier avec la modernité et saurait proposer aux Français un chemin de progrès pour sortir de la crise, loin des incantations et des vœux pieux. Qu’elle saurait concilier, mieux qu’une droite insensible aux aspirations du peuple, libertés individuelles, efficacité économique et exigences sociales. Tous espéraient aussi échapper avec lui au duel annoncé d’un second tour calamiteux entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen.
Personne, bien sûr, ne sait si Dominique Strauss-Kahn aurait répondu à ces aspirations une fois candidat et, surtout, s’il avait accédé à l’Elysée. Mais nombreux sont les électeurs qui se trouvent désormais sans perspective, coincés entre une droite toujours plus dirigiste et autoritaire, qui dispute ses voix au Front National, un centre qui se cherche sans jamais se trouver et une gauche sans projet crédible, travaillée par la tentation d’une surenchère étatiste et interventionniste.
Touche pas à mon Schengen !
25/04/11
En dérogeant aux accords de Schengen à des fins strictement électoralistes, le gouvernement légitime le discours anti-européen des partis extrémistes. Un risque politique aussi dangereux qu’inacceptable. Tribune libre par Hugues Serraf*.
La France est légitimement préoccupée par l’arrivée d’immigrants tunisiens par dizaines de milliers. Ces derniers ont par ailleurs toute légitimité pour tenter de réussir leur vie d’homme dans un pays plus confortable que le leur, mais les légitimités des uns et des autres sont parfois difficiles à réconcilier.
Pour autant, qu’elle réagisse en proposant de revenir sur un acquis majeur de l’intégration européenne, soit la possibilité de circuler librement entre 25 pays du continent (dont la Suisse, moins la Grande-Bretagne), ce n’est pas seulement répondre de manière disproportionnée à la question posée, c’est aussi prendre un formidable risque politique.
Depuis le référendum de 2005, l’extrême droite comme l’extrême gauche ont fait de la « délégitimisation » de l’Union Européenne l’axe majeur de leur vision du monde. Leurs arguments ne sont pas toujours strictement superposables, mais les France racornies et rétrécies dont elles rêvent l’une et l’autre se ressemblent comme deux gouttes d’eau.
Les Italiens, c’est entendu, n’ont guère joué le jeu en distribuant les documents de voyage à qui en demandait, considérant sans doute qu’il s’agissait d’un bon moyen de refiler la patate chaude au voisin. Mais peut-être pensaient-il également forcer Paris à sortir du bois au plan politique, confier la gestion du trafic ferroviaire à une brigade de CRS ne pouvant passer pour une solution pérenne.
Expérience concluante : le pays de Jean Monnet et Robert Schuman prend effectivement position, mais c’est pour mieux plonger dans le piège tendu par les démagogues dans la perspective de la présidentielle. Et si la problématique des flux migratoires selon l’Élysée passe désormais par le retour des frontières à l’intérieur de l’Union, le prochain coup de grisou financier conduira-t-il Christine Lagarde à suggérer un retour au Franc ? Et la fin de la PAC en 2013 à la dissolution pure et simple de l’UE ?
L’Europe n’a pas seulement besoin d’avancer pour ne pas se casser la figure comme la bicyclette du fameux cliché : elle a surtout besoin de ne pas reculer. L’arrivée de ces Tunisiens à Lampedusa, c’est la conséquence directe des « révolutions arabes », mais c’est aussi, si l’on est d’accord pour prendre un peu de hauteur, l’expression de réalités géopolitiques plus vastes que les égoïsmes et la frilosité « n’adressent » pas.
La lepéno-mélenchonnisation anti-européenne des esprits est déjà suffisamment avancée pour qu’un président s’étant toujours inscrit dans la continuité du projet d’intégration n’en fasse pas, par stratégie pré-électorale, une option raisonnable. L’improvisation en politique, c’est déjà agaçant sur ces histoires de primes sur dividendes ou de lecture de lettres de jeunes rebelles aux écoliers ; sur les sujets sérieux, ça devient inacceptable.
*Hugues Serraf est journaliste, chroniqueur sur Atlantico et Slate et compagnon de route du MLG.
Energie nucléaire : le débat s’impose, à la lumière de la raison
5/04/11
Les conséquences du séisme et du tsunami japonais sur la centrale nucléaire de Fukushima appellent à un légitime débat sur notre politique énergétique. Celui-ci doit être démocratique, éclairé par la raison et préservé des tentations régressives.
C’est un mauvais procès, instruit par un pouvoir d’habitude si prompt à exploiter le moindre fait divers pour imposer son agenda liberticide, d’accuser aujourd’hui les écologistes de « récupérer » les évènements japonais pour critiquer les choix nucléaires de nos gouvernants.
En effet, comment ne pas voir dans le drame qui se déroule au Japon une validation des inquiétudes de ceux qui nous ont mis en garde contre les risques du nucléaire depuis des décennies, tandis que politiques et experts à la solde de l’industrie niaient tout danger ?
Il est légitime que ce débat ait lieu, c’est même une exigence démocratique. Un référendum pourrait en être l’occasion, lequel aurait aussi le mérite, quel qu’en soit le résultat, d’inviter nos voisins européens à débattre également de cette question, par nature transfrontalière.
Les libéraux ont beaucoup d’objections à opposer au nucléaire : l’opacité congénitale du secteur, sa nécessaire hypercentralisation, la soumission de chacun aux choix à long terme imposés par l’État, les investissements publics considérables dédiés à la filière, l’estimation hasardeuse des coûts de démantèlement des centrales et de gestion des déchets et, bien sûr, les risques incommensurables induits par cette technologie en cas d’accident.
La gestion de la catastrophe de Fukushima illustre une fois encore, bien au-delà de nos frontières, le goût du secret attaché au nucléaire. C’est pourquoi le MLG appelle à signer la pétition initiée par la CRIIRAD, demandant que les mesures mondiales de radioactivité, issues du réseau de laboratoires mis en place par le Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires, aujourd’hui confisquées par les États, soient rendues publiques en temps réel.
Les populations affectées, au-delà des frontières, par les conséquences de choix politiques qu’elles n’ont jamais validés, ont le droit de connaître tous les détails de la menace qui pèse sur elles. Et si ces conséquences s’avéraient dommageables, les victimes devraient aussi pouvoir demander justice et réparations aux responsables de la catastrophe.
Nous savons qu’aucune source d’énergie n’est exempte d’inconvénients à ce jour : les énergies fossiles seront de plus en plus chères à l’avenir, rareté oblige, et comportent des risques qui leur sont propres. Les économies d’énergie sont une nécessité mais ne seront de toute évidence pas suffisantes, sauf à mettre en péril le développement de nos économies et sans doute beaucoup de ce qui fait notre confort et notre qualité de vie.
Revenu citoyen : Villepin pour une allocation (presque) universelle
3/03/11
En proposant d’instaurer en France un « revenu citoyen » inspiré par le concept d’allocation universelle, Dominique de Villepin permet à cette belle idée, trop longtemps confinée à quelques cercles initiés, d’émerger dans le débat public. Le MLG s’en félicite et appelle toute la gauche à se pencher enfin sur la question pour en faire un thème majeur de la campagne présidentielle.
Dominique de Villepin a proposé cette semaine, dans une tribune parue dans Libération, la création en France d’un « revenu garanti à tous, de l’ordre de 850 euros, autant dire le strict nécessaire […], un socle pour construire une vie digne et libre ». Ce chiffre correspond au seuil de pauvreté dans notre pays, sous lequel survivent quelque 7 millions de personnes.
Financé pour l’essentiel par le redéploiement des aides sociales existantes et les économies induites sur les frais administratifs, ce revenu serait dégressif jusqu’au niveau du revenu médian, autour de 1500 euros. Sans contrepartie formelle, il « créerait l’engagement moral de poursuivre une activité : travail, formation, bénévolat associatif, engagement politique ou syndical, création artistique. »
Le MLG, qui a mis dès sa création l’allocation universelle au cœur de son projet, se réjouit de cette prise de position, aussi inattendue que radicale, de la part d’un ancien Premier ministre qui n’avait pas vraiment brillé jusqu’à présent par ses propositions sociales et économiques.
En dénouant le lien ancestral qui identifie revenu et travail, en constatant que « pendant des siècles l’humanité n’a eu d’autre but que d’assurer sa survie », que « la révolution industrielle, en deux siècles, a changé la donne », qu’il est désormais « nécessaire de donner au citoyen la liberté de se consacrer aux choses de la cité, comme les citoyens athéniens hier », en reconnaissant ainsi l’utilité intrinsèque de toute activité humaine, rémunérée ou pas, Villepin marque une profonde rupture avec l’idéologie du travail érigé en valeur en soi, si chère à sa famille politique, de tous temps – y compris lorsqu’il dirigeait le gouvernement – et jusqu’à l’actuel Président et son dérisoire « travailler plus pour gagner plus ».
Mais si nous reconnaissons dans les arguments énoncés une réelle proximité avec notre vision de l’allocation universelle, il nous faut pourtant marquer des réserves quant aux modalités qui nous sont ici proposées. En particulier, la brutale dégressivité qui s’appliquerait à cette prestation, selon les chiffres avancés, limiterait considérablement l’incitation à compléter ses revenus par une activité rémunérée, au risque de créer une nouvelle trappe à inactivité – et une incitation au travail non déclaré – comme c’est le cas actuellement pour le chômage et le RSA.
Une révolte arabe ? Non, Sire, une révolution
30/01/11
La révolte de la jeunesse tunisienne, venue à bout de son satrape, a inauguré un processus révolutionnaire qui ébranlera, nous l’espérons ardemment, l’ordre liberticide établi depuis des décennies dans toute la région, avec la complicité des pays occidentaux, soucieux de préserver, au prix du déshonneur, une illusoire stabilité dans cette partie du monde.

Les peuples du « monde arabe », n’en déplaise aux tenants du relativisme culturel et politique, aspirent comme tous les peuples du monde à la liberté, à la sureté que seul un état de droit peut garantir, au libre choix de leurs représentants, à une économie sans prédation ni corruption qui permette à sa jeunesse de se construire un avenir.
En feignant de l’oublier, arguant un jour que « le premier des droits est celui de manger », saluant un autre d’inexistants « progrès en matière de libertés », soutenant jusqu’à la dernière heure un régime policier qui n’hésitait plus à tirer sur le peuple, la France a une fois de plus fait mentir ceux qui voient encore en elle la patrie des droits de l’Homme et l’amie des libertés. A Tunis, c’est une faute qui ne sera pas facilement pardonnée.
Pourtant, la révolte tunisienne n’aurait du étonner personne, tant elle fermente depuis longtemps et est révélatrice d’une situation à la fois catastrophique et scandaleuse dans l’ensemble de cette région, que l’Europe et la France ont choisi longtemps d’ignorer.
Des régimes autoritaires sourds aux besoins des populations, une démographie explosive, une jeunesse désœuvrée et souvent peu instruite, des femmes aliénées et assignées à la sphère familiale, un environnement fragile marqué par la désertification et une urbanisation sauvage, une économie anémiée dont les rares fruits sont confisqués par quelques uns, une éducation rétive à l’esprit critique, une religion du fatalisme, enfin, qui peine à s’adapter à la modernité : tels sont les ingrédients de l’explosion inéluctable que désignaient, il y a dix ans déjà, une série de rapports accablants, écrits par des intellectuels arabes pour le PNUD, l’agence des Nations-Unies pour le développement.
Depuis, la situation a empiré. Moins industrialisé aujourd’hui que dans les années 70, le monde arabe, pourtant naturellement riche, est maintenu par ses dirigeants dans le sous-développement. Et les rares emplois créés par ces économies somnolentes ne sont pas en mesure de répondre à une pression démographique exceptionnelle : 60% des habitants de la région ont moins de 25 ans, en faisant la zone la plus jeune de la planète avec un âge moyen de 22 ans contre 28 ans pour la moyenne mondiale.
Au rez-de-chaussée, dans mon HLM…
14/12/10
Alors qu’une étude rapporte que près de 10% des logements HLM sont occupés par des familles parmi les plus aisées, le MLG appelle à sortir de la logique du logement étatique de masse, un système nécessairement injuste et incapable d’enrayer la hausse des prix immobiliers, pour laisser enfin sa chance à un marché libre du logement.
Une étude récente de l’Observatoire de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale montre que 378.000 logements du parc social sont occupés par des ménages parmi les 20% les plus aisés, dont 50.000 familles disposant de plus de 11.200 euros par mois. Par ailleurs, quelque 800.000 logements sociaux seraient actuellement sous-occupés.
Pendant ce temps 1,2 millions de familles éligibles au logement social (65% de la population peut y prétendre) sont sur des listes d’attentes depuis parfois plusieurs années.
Des chiffres bruts qui cachent une réalité plus amère encore pour les familles pauvres : ces locataires fortunés sont bien entendu rarement contraints d’habiter les cités à problèmes mais se retrouvent presque toujours dans les opérations « intégrées » à des quartiers de bon standing, au nom de la mixité sociale. Les cités pourries, c’est pour les immigrés et les pauvres. La « mixité », pour ceux qui sont dans les petits papiers des potentats locaux.
Mais quand bien même l’attribution des logements sociaux serait parfaitement honnête, ce qui est un doux rêve, le problème ne serait pas pour autant réglé. En effet, lorsque le prix d’un bien subventionné, quasi-équivalent à un bien privé de même nature, lui est inférieur de moitié, voire plus, la loi de l’offre et de la demande condamne le bien subventionné à se trouver en pénurie, ce qui oblige les offreurs à gérer des files d’attentes.
Et au jeu du plus habile pour faire progresser son dossier au sommet de la pile, ce seront toujours les plus éduqués ou les plus impliqués dans la vie politique et associative locale qui sauront obtenir les meilleures places, comme nous le rappellent des révélations régulières sur les occupants les plus célèbres de ces logements.
On ne s’étonnera guère, dans ces conditions, que le taux de rotation dans le parc HLM de la ville de Paris soit inférieur à 4% (un ménage entrant reste 25 ans dans les lieux en moyenne) alors qu’il est de 20% (soit une rotation de 5 ans) dans le secteur privé.
Ouverture : les aventuriers de la gauche perdue
23/11/10
Le récent remaniement ministériel, s’il tient surtout du non-évènement, nous aura tout de même offert une satisfaction, la disparition du sinistre Ministère de l’Identité Nationale, et une saine clarification, la fin de « l’ouverture à gauche » qui s’est avérée une impasse.
C’est qu’ils avaient fière allure, ces pionniers de la gauche moderne et réaliste, qui lassés de n’être pas entendus dans leur camp, et au risque d’apparaître comme des renégats, décidaient en 2007 de rejoindre le gouvernement du président Sarkozy, fraîchement élu.
Celui-ci n’avait-il pas annoncé la fin de la Françafrique, une diplomatie des Droits de l’Homme ou un ambitieux plan Marshall pour les banlieues ? Et cette main tendue à des personnalités de gauche ne démontrait-elle pas un engagement à gouverner autrement ?
Que reste-t-il trois ans plus tard de cette aventure ? Malgré Jean-Marie Bockel, la Françafrique se porte toujours bien, malgré Fadela Amara, les banlieues se portent toujours mal, malgré Bernard Kouchner, la France a reçu avec tous les honneurs les dirigeants chinois ou libyens.
Il ne pouvait en être autrement, cette prétendue ouverture n’étant qu’une ruse et ces prises de guerre autant de trophées politiques, supposés témoigner de la déliquescence de l’opposition et rendre un peu plus difficile encore sa nécessaire recomposition.
Sous tutelle des conseillers de l’Elysée et de Matignon, aucun de ces ministres n’eut jamais les moyens de mettre en œuvre les projets qu’il portait, une expérience qui fut certainement très frustrante, et parfois même humiliante pour les intéressés. Ils avaient fui une mission incertaine, la difficile réforme de la gauche, pour s’embourber dans une mission impossible : moderniser la France avec un gouvernement de droite.
Le naufrage de cette expérience, dont les cobayes ont été des personnalités de gauche parmi les plus proches des idées libérales, aura eu au moins le mérite de clarifier une chose : la droite française est plus que jamais antilibérale. Et l’éviction simultanée d’Hervé Novelli, seul membre du gouvernement à assumer l’épithète maudit, qui n’a pourtant pas démérité en créant le statut d’auto-entrepreneur, finit d’en apporter la démonstration.
Mais pendant ce temps la rénovation de la gauche n’a pas pour autant progressé et les vieilles recettes étatistes ont encore la cote. Les éléphants et les jeunes lions, toujours prompts à excommunier les camarades divergents, le furent hélas moins à dépasser leurs archaïsmes pour imaginer un programme crédible de gouvernement.
Pourtant, seule une gauche pleinement réconciliée avec les idées libérales sera capable de proposer aux Français un projet de gouvernement à la fois cohérent, progressiste et crédible en 2012.
C’est à un tel projet que le MLG souhaite s’associer et apporter sa contribution.



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