Dépasser l’Union européenne : le nécessaire choc démocratique

#NoGrexit, #YesFederation, proclamaient sur Twitter les militants pour une Europe fédérale au moment où l’Eurogroupe négociait à Bruxelles un 3e plan d’aide à la Grèce. Le spectre d’une expulsion de facto de l’euro de ce pays, qu’ont osé évoquer des irresponsables, semble à présent écarté. Mais l’évolution de la gouvernance de l’Eurozone et de l’Union vers la démocratie reste un chantier à ouvrir d’urgence. Tribune libre par Valéry-Xavier Lentz*

Angela Merkel et François HollandeLa gestion de la crise grecque par les représentants des gouvernements des États-membres est indéfendable par toute personne sérieuse. C’est pourtant sans état d’âme que les communiqués satisfaits des acteurs de cet épisode ou de leurs affidés se sont multipliés lundi 13 juillet. « Bon accord, permet sortie impasse et maintien #Grèce zone euro : compromis très exigeant mais viable » nous dit — au hasard — Pierre Moscovici sur Twitter. Mais rares sont les remises en cause profondes de la « gouvernance » de l’Eurozone.

Il est pourtant à l’évidence essentiel aujourd’hui de la repenser complètement et plus généralement, cette Union européenne intergouvernementale post-démocratique. La confiscation du pouvoir politique européen par un praesidiumde représentants des intérêts des élites politiques nationales doit cesser. Ils n’ont pas été élus pour exercer un pouvoir européen. Ils se satisfont de compromis a minima, dont l’objectif n’est pas de satisfaire l’intérêt général des citoyens européens, mais de préserver leur base de pouvoir sans jamais la remettre en cause.

On a affirmé que l’Europe dite « communautaire » constituait un modèle politique original, innovant, sui generis, qu’il conviendrait de préserver un juste équilibre entre une Europe des nations que l’on admet devoir dépasser et l’utopie dangereuse ou farfelue de fédéralistes qui oublieraient que les peuples ne seraient « pas prêts ». Au mieux évoque-t-on pour un avenir lointain la perspective d’une « fédération d’États-nations », oxymore dont la vocation est avant tout de préserver ce fameux État-nation, c’est-à-dire les privilèges des élites politiques dominantes en Europe.

L’imposture de cette approche éclate aujourd’hui au grand jour

La déclaration Monnet-Schuman du 9 mai 1950 traçait ouvertement la perspective d’une fédération européenne, c’est-à-dire d’une union qui serait non seulement une union d’États, mais aussi une union de citoyens, une communauté politique nouvelle. Les gouvernements successifs, pourtant tous soi-disant « pro-européens », s’en sont éloignés. Pourtant, l’Union européenne comporte des éléments de fédéralisme : une initiative autonome des gouvernements nationaux, des lois communes, une cour suprême, un Parlement et une monnaie.

Tout ce qui fonctionne dans la construction européenne est ce qui est basé sur un modèle fédéral. Mais ces progrès ont été systématiquement accompagnés par les gouvernements nationaux auteurs des traités d’un renforcement parallèle de mécanismes intergouvernementaux.

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Peer-to-peer : le cauchemar des bureaucrates

Ceci n'est pas le cri d'Edward Munch (Sandra Teyssier / The21StEye)L’ère du peer-to-peer arrive. Elle apporte avec elle la remise en question du salariat et plus généralement des systèmes de production traditionnels au profit de la généralisation de l’entrepreneuriat. Aucun secteur n’échappera à cette logique. Finance, énergie, innovation, éducationassurance… la décentralisation sera la norme. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne plaît pas à tout le monde. Cette perspective est bien évidemment honnie des corporations qui voient leurs monopoles et autres privilèges gouvernementaux s’effriter. Elle est également détestée par la bureaucratie pour une raison toute simple. Celle-ci a institutionnalisé sa domination via la notion d’État-providence qui, depuis le XIXe siècle, tire justement sa puissance du travail salarié. Pour continuer à satisfaire ses objectifs politiques et clientélistes, la bureaucratie doit impérativement discréditer le travail indépendant, l’ouverture et la décentralisation des marchés avec le concours des corporations avec lesquelles elle partage des intérêts communs.

Que la droite s’oppose à l’ouverture des marchés et craigne le peer-to-peer est bien normal. Elle n’a jamais vraiment nié son penchant conservateur pour l’autorité et les hiérarchies issues de l’ordre établi. Que la gauche se fasse l’ennemie de la concurrence et de l’érosion du salariat est en revanche plus surprenant. Ce discours ne va pas dans le sens des airs émancipateurs et libertaires qu’elle aime s’attribuer. La gauche prétend en effet être la clef de voûte des luttes contre les rapports de domination en tout genre. Mais la haine qu’elle exprime vis-à-vis des nouvelles formes de travail qui se profilent à l’horizon ne fait que révéler son imposture vis-à-vis de la question sociale. Car derrière sa rhétorique pro-salariat se cache une obsession du pouvoir. Pour dissimuler sa volonté de contrôler les populations, sa stratégie politique se fonde désormais sur la requalification des rapports sociaux entre les travailleurs dits indépendants et les personnes avec lesquelles ils sont en contact. Il s’agit en d’autres termes d’imposer le statut de salarié au nom de la protection des travailleurs et des « droits sociaux » qu’ils méritent, quitte à aller à l’encontre de la volonté des principaux intéressés.

Réfuter la condition d’entrepreneur pour contrôler les travailleurs

Les corporations et la bureaucratie se fondent sur un sophisme commun pour nier la condition d’entrepreneur. Ils font remarquer l’existence de liens de dépendance pour tenter de requalifier les rapports sociaux afin d’imposer le statut juridique de salarié. Ces arguments sont par exemple employés à l’encontre du covoiturage urbain à but lucratif. Étrangement, on se désintéresse totalement du lien de dépendance lorsque le conducteur ne gagne pas d’argent (ex. Blablacar). Pour reprendre un autre exemple, c’est également l’argument des auto-écoles contre la start-up Ornikar. Dans ces cas de figure, parce que les travailleurs dépendent d’une plateforme numérique les mettant en relation avec leurs cocontractants, ils devraient être considérés comme des salariés comme les autres. Leur refuser ce statut, ô combien généreux, reviendrait à s’adonner à du dumping social en précarisant les travailleurs dépourvus de droits sociaux. Tel est le discours officiel.

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Cannabis : l’agitation policière ne règlera rien

La démonstration de force policière en cours à Saint-Ouen n’aboutira au mieux qu’à déplacer le trafic local et ses nuisances de quelques kilomètres. Seule une politique de régulation fondée sur la légalisation de l’usage et du commerce de cannabis permettra d’en finir avec le marché noir et la criminalité associée qui pourrissent la vie de nombreux quartiers et ne sont que l’inéluctable résultat de la prohibition. La cécité persistante des socialistes français sur cette question, alors même que les politiques prohibitionnistes sont remises en cause jusqu’aux Etats-Unis, n’est pas la moindre de leurs forfaitures.

Agnès Saal doit être révoquée et poursuivie

Il aura fallu une dénonciation anonyme pour apprendre que la présidente de l’INA, qui dispose pourtant d’une voiture avec chauffeur, claquait en sus quelque 4000€ mensuels pour ses déplacements en taxis, dont elle faisait aussi profiter sa famille. Le MLG appelle à sa révocation sur le champ et l’engagement de poursuites pénales pour abus de confiance et détournement de fonds publics contre l’indélicate qui, pour reconnaître les faits, n’a pas pour autant jugé nécessaire de présenter sa démission.

Face au terrorisme, ne cédons rien sur nos libertés

Le MLG salue les réponses du gouvernement en matière de sécurité intérieure, après les attentats qui ont endeuillé notre pays, du déploiement militaire massif opéré en urgence au renforcement annoncé de nos services de renseignement. Toute loi d’exception remettant en cause les libertés publiques, que l’exécutif s’est honoré à écarter, aurait été une victoire accordée aux terroristes.

Militaires en faction devant l'Arche de la Défense à Paris

Après la vague d’attentats islamistes qui a frappé Paris en ce début d’année et la vive émotion qu’elle a suscitée vient le moment de s’interroger sur les réponses sécuritaires qu’il convient d’apporter à une menace qui ne faiblira sans doute pas dans les prochaines années.

Il nous faut tout d’abord rappeler que les menaces qui pesaient sur la rédaction de Charlie Hebdo étaient bien réelles et qu’elles auraient mérité d’être davantage prises au sérieux, notamment par des moyens de protection plus adaptés et plus constants. Il est consternant d’apprendre au lendemain du drame que le dispositif de sécurité autour du journal avait été récemment allégé et qu’un syndicat policier militait même activement pour sa suppression pure et simple, considérant celle-ci comme « un luxe ». Que par ailleurs, le dessinateur Charb, qui figurait sur la liste des cibles prioritaires désignées par Al-Qaida, s’était vu refuser le droit de porter une arme malgré une pratique régulière du tir sportif.

Aussi, il faut saluer la décision du gouvernement de renforcer la protection d’un certain nombre de cibles potentielles par le déploiement de militaires suffisamment armés pour répondre à toute attaque terroriste de l’ampleur de celles que nous venons de connaître. Ce choix, même s’il peut raisonnablement inquiéter une société peu habituée à voir des militaires en faction dans l’espace public, nous rassure aussi dans la mesure où il nous paraît poser moins de risques pour les libertés individuelles qu’une réponse strictement policière.

Car si le djihadisme est une menace qu’aujourd’hui personne n’oserait plus contester, le travail de renseignement rendu nécessaire pour y faire face, et qui doit être renforcé, doit toutefois être mené avec précaution et discernement. Aussi, nous saluons la décision de ne pas envisager de lois d’exception, à l’image du Patriot Act mis en place aux Etats-Unis après les attaques du 11 septembre 2001, malgré la surenchère à laquelle se sont livrées nombre de personnalités de droite au lendemain des attentats.

La volonté de mettre à mal les libertés dans les démocraties occidentales, comme dans celles qui émergent dans le monde arabe, n’est pas le moindre des objectifs des islamistes et toute concession faite en la matière, tant sur le plan sécuritaire qu’en termes de liberté d’expression, en particulier sur Internet, ne constituerait pas moins qu’une victoire que nous leur offririons. Sur ce point en particulier, le zèle dont font preuve les tribunaux depuis les attentats pour condamner à des peines de prison ferme toute parole dissonante ou provocatrice apparentée à une apologie du terrorisme nous oblige à la plus grande vigilance.