Primaires citoyennes : l’imagination au rancart

Le Parti Socialiste a démontré, à travers l’organisation des « primaires citoyennes », qu’il était capable de renouveler profondément ses pratiques politiques. Il est regrettable qu’il n’en soit pas de même en ce qui concerne ses idées et ses propositions. A défaut d’un candidat libéral à cette élection, le MLG apporte son soutien au prétendant radical, Jean-Michel Baylet.

C’est avec la plus grande attention, comme des millions de sympathisants de gauche, que les militants du MLG ont suivi les débats qui ont animé la campagne pour les « primaires citoyennes » organisée par le Parti Socialiste et son allié radical. Une innovation que nous saluons et à laquelle nous invitons nos adhérents et sympathisants à participer dimanche.

Pour autant, les propositions avancées par les différents candidats ne nous ont pas convaincues.

Alors que notre pays a besoin d’une réforme profonde et urgente de son modèle social, dont l’architecture même est remise en cause par l’explosion de la dette publique et la persistance d’un chômage endémique que nul ne prétend même plus résorber, la plupart des candidats ne nous proposent que des ajustements à la marge d’un système à bout de souffle.

Qu’il s’agisse de l’organisation du travail, de la crise du logement, des quartiers abandonnés, de la faillite de l’école, de l’insertion ou de la grande pauvreté, c’est en vain qu’on cherchera dans les propositions des candidats socialistes les idées nouvelles qui constitueraient un début de réponse à ces impérieux défis auxquels ne pourra pourtant pas échapper le prochain gouvernement.

Notons l’heureuse exception que constitue la promesse d’un système de retraites à la carte, sur le modèle suédois, qui semble en bonne voie de faire consensus au Parti Socialiste. Il est dommage que les différents candidats ne se soient pas inspirés davantage des réformes audacieuses menées par leurs camarades suédois, qui ont su en quelques années juguler l’endettement de leur pays, moderniser son administration et dynamiser son économie, tout en maintenant un niveau inégalé de prestations sociales.

On déplorera aussi l’absence de toute stratégie de désentettement crédible, alors même que le service de la dette constitue désormais le premier poste de dépenses du budget. Au contraire, c’est en proposant de nouvelles dépenses publiques, plutôt que par des projets de réformes, que la plupart des candidats ont cherché à se distinguer lors des débats.

Cela dit, à contrario de la surenchère interventionniste pratiquée par certains – mais faut-il s’en étonner de la part de ceux qui vont chercher la bénédiction communiste à la Fête de l’Humanité ? -, entre lubies de démondialisation, interdiction des licenciements ou de la spéculation, tutelles publiques et autres blocages des prix, il nous faut saluer la détermination des deux candidats qui, d’un bout à l’autre de la campagne, ont su rappeler aux uns et aux autres la vanité des velléités étatistes et le devoir de vérité de la gauche face à la situation de nos finances publiques.

Le premier, Manuel Valls, a su éveiller depuis longtemps la curiosité et l’intérêt des libéraux de gauche en déclarant vouloir « réconcilier la gauche avec la pensée libérale », en écrivant que la nouvelle frontière de la gauche devait être de « donner à chaque individu les moyens de son autonomie » ou encore qu’il était temps d’ « en finir avec le vieux socialisme pour être enfin de gauche ». Il a su faire aussi des propositions audacieuses, comme la liberté des universités.

Nombre de nos adhérents lui apporteront sans doute leur voix dimanche, pour faire entendre ce message de rupture libérale au sein du vieux Parti Socialiste, dont Valls veut aussi changer le nom.

Hélas, le libéralisme de Manuel Valls tend à disparaître, au profit d’un brutal autoritarisme, quand il s’agit de garantir à chacun la liberté de disposer de son corps comme il l’entend. Aussi, le soutien définitif qu’il apporte à la politique de prohibition désastreuse menée par l’actuel gouvernement, d’autant plus regrettable pour un candidat qui a mis les questions de sécurité au cœur de son projet, nous interdit de lui apporter le nôtre.

Le second, Jean-Michel Baylet, s’est au contraire affirmé, pendant cette campagne, comme un promoteur résolu des libertés individuelles, en défendant notamment la légalisation du cannabis ou le droit de chacun à mourir dans la dignité. Il s’est également montré en pointe sur la question européenne, seul prétendant à affirmer le choix d’une Europe fédérale. Sur ce sujet essentiel, les autres candidats se sont montrés particulièrement en retrait, alors même que la question est au coeur des débats sur la crise de la dette.

En conséquence, le représentant des radicaux de gauche nous apparaît, parmi les candidats aux primaires, comme celui dont les valeurs sont les plus proches des nôtres, celles de la gauche libérale, libertaire et solidaire que nous voulons voir éclore dans notre pays. C’est à ce titre que notre organisation lui apporte, pour cette consultation, son soutien.

Après DSK, quel avenir pour la gauche libérale ?

La défection de Dominique Strauss-Kahn pour l’élection présidentielle, avant même qu’il ait pu émettre la moindre proposition, est une déception pour la gauche libérale : l’espoir d’un projet de progrès pour la France, conciliant modernité et efficacité sociale, s’estompe sans que l’on sache s’il était réellement incarné.

Dominique Strauss KahnQuoi qu’il se soit passé dans le huis-clos de la suite 2806 du Sofitel de New-York, et sans faire injure à la présomption d’innocence, nul ne peut ignorer la réalité politique nouvelle que crée, pour la gauche française, la situation qui est celle de Dominique Strauss-Kahn.

De toute évidence, même si celui-ci était innocenté demain des lourdes charges qui pèsent contre lui, il est improbable qu’il puisse revenir dans la course pour l’élection présidentielle de 2012.

Cette situation est désolante pour tous ceux qui espéraient que le favori des sondages incarnerait pendant la campagne une gauche à la fois moderne, ambitieuse et réaliste, ouverte sur le monde et capable de gérer les comptes du pays avec responsabilité.

Paradoxalement, beaucoup attendaient de lui qu’il mène les socialistes au pouvoir tout en espérant qu’il n’y applique pas le programme, insipide et archaïque, concocté par les apparatchiks de la rue de Solférino sous le sceau du plus petit dénominateur commun.

DSK portait les espoirs de très nombreux électeurs, non seulement parmi les socialistes les plus ouverts aux idées libérales, mais aussi parmi les centristes et même de nombreux sympathisants de droite déçus par la politique de Nicolas Sarkozy, rétifs à son dirigisme, inquiets de l’évolution de nos finances publiques ou indignés par la dérive populiste de sa politique sécuritaire.

Tous espéraient qu’avec ce candidat la gauche parviendrait enfin à se réconcilier avec la modernité et saurait proposer aux Français un chemin de progrès pour sortir de la crise, loin des incantations et des vœux pieux. Qu’elle saurait concilier, mieux qu’une droite insensible aux aspirations du peuple, libertés individuelles, efficacité économique et exigences sociales. Tous espéraient aussi échapper avec lui au duel annoncé d’un second tour calamiteux entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen.

Personne, bien sûr, ne sait si Dominique Strauss-Kahn aurait répondu à ces aspirations une fois candidat et, surtout, s’il avait accédé à l’Elysée. Mais nombreux sont les électeurs qui se trouvent désormais sans perspective, coincés entre une droite toujours plus dirigiste et autoritaire, qui dispute ses voix au Front National, un centre qui se cherche sans jamais se trouver et une gauche sans projet crédible, travaillée par la tentation d’une surenchère étatiste et interventionniste.

Le MLG est un mouvement trop jeune encore pour prétendre présenter un candidat à l’élection présidentielle, mais nous voulons dire à tous ceux qui, à travers la candidature de Dominique Strauss-Kahn, cherchaient une voie à la fois plus sociale et plus libérale vers un nouveau modèle français, que nous sommes ici pour tracer avec eux ce chemin.

Si nous ne présenterons pas de candidat à la présidentielle, nous travaillons en revanche pour être présents aux législatives de 2012, avec pour projet d’aider la gauche à retrouver ses racines libérales, à renouer avec les valeurs républicaines – Liberté, Egalité, Fraternité – qu’elle a tant négligées, à retrouver le souffle, l’énergie et la volonté d’agir pour le bien commun qui furent les siens avant que la chape de plomb du marxisme-léninisme ne vienne éteindre beaucoup de ses lumières.

Nous invitons tous ceux qui avaient espéré que DSK incarnerait un tel projet et dont les espoirs aujourd’hui s’effondrent à venir nous rencontrer et à nous rejoindre pour semer les graines de cette gauche nouvelle dont la France a tant besoin, avec ou sans candidat à la présidentielle.

AGENDA : La prochaine table ouverte du MLG se tiendra le mercredi 8 juin à Paris sur le thème « Libéralisme 2.0 contre capitalisme et socialisme », en compagnie du philosophe et investisseur en capital-risque Sébastier Groyer. En savoir plus.

Touche pas à mon Schengen !

En dérogeant aux accords de Schengen à des fins strictement électoralistes, le gouvernement légitime le discours anti-européen des partis extrémistes. Un risque politique aussi dangereux qu’inacceptable. Tribune libre par Hugues Serraf*.

Touche pas à mon Schengen (illustration Marc Angel)La France est légitimement préoccupée par l’arrivée d’immigrants tunisiens par dizaines de milliers. Ces derniers ont par ailleurs toute légitimité pour tenter de réussir leur vie d’homme dans un pays plus confortable que le leur, mais les légitimités des uns et des autres sont parfois difficiles à réconcilier.

Pour autant, qu’elle réagisse en proposant de revenir sur un acquis majeur de l’intégration européenne, soit la possibilité de circuler librement entre 25 pays du continent (dont la Suisse, moins la Grande-Bretagne), ce n’est pas seulement répondre de manière disproportionnée à la question posée, c’est aussi prendre un formidable risque politique.

Depuis le référendum de 2005, l’extrême droite comme l’extrême gauche ont fait de la « délégitimisation » de l’Union Européenne l’axe majeur de leur vision du monde. Leurs arguments ne sont pas toujours strictement superposables, mais les France racornies et rétrécies dont elles rêvent l’une et l’autre se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Les Italiens, c’est entendu, n’ont guère joué le jeu en distribuant les documents de voyage à qui en demandait, considérant sans doute qu’il s’agissait d’un bon moyen de refiler la patate chaude au voisin. Mais peut-être pensaient-il également forcer Paris à sortir du bois au plan politique, confier la gestion du trafic ferroviaire à une brigade de CRS ne pouvant passer pour une solution pérenne.

Expérience concluante  : le pays de Jean Monnet et Robert Schuman prend effectivement position, mais c’est pour mieux plonger dans le piège tendu par les démagogues dans la perspective de la présidentielle. Et si la problématique des flux migratoires selon l’Élysée passe désormais par le retour des frontières à l’intérieur de l’Union, le prochain coup de grisou financier conduira-t-il Christine Lagarde à suggérer un retour au Franc ? Et la fin de la PAC en 2013 à la dissolution pure et simple de l’UE ?

L’Europe n’a pas seulement besoin d’avancer pour ne pas se casser la figure comme la bicyclette du fameux cliché : elle a surtout besoin de ne pas reculer. L’arrivée de ces Tunisiens à Lampedusa, c’est la conséquence directe des « révolutions arabes », mais c’est aussi, si l’on est d’accord pour prendre un peu de hauteur, l’expression de réalités géopolitiques plus vastes que les égoïsmes et la frilosité « n’adressent » pas.

La lepéno-mélenchonnisation anti-européenne des esprits est déjà suffisamment avancée pour qu’un président s’étant toujours inscrit dans la continuité du projet d’intégration n’en fasse pas, par stratégie pré-électorale, une option raisonnable. L’improvisation en politique, c’est déjà agaçant sur ces histoires de primes sur dividendes ou de lecture de lettres de jeunes rebelles aux écoliers ; sur les sujets sérieux, ça devient inacceptable.

*Hugues Serraf est journaliste, chroniqueur sur Atlantico et Slate et compagnon de route du MLG.

Energie nucléaire : le débat s’impose, à la lumière de la raison

Les conséquences du séisme et du tsunami japonais sur la centrale nucléaire de Fukushima appellent à un légitime débat sur notre politique énergétique. Celui-ci doit être démocratique, éclairé par la raison et préservé des tentations régressives.

C’est un mauvais procès, instruit par un pouvoir d’habitude si prompt à exploiter le moindre fait divers pour imposer son agenda liberticide, d’accuser aujourd’hui les écologistes de « récupérer » les évènements japonais pour critiquer les choix nucléaires de nos gouvernants.

En effet, comment ne pas voir dans le drame qui se déroule au Japon une validation des inquiétudes de ceux qui nous ont mis en garde contre les risques du nucléaire depuis des décennies, tandis que politiques et experts à la solde de l’industrie niaient tout danger ?

Il est légitime que ce débat ait lieu, c’est même une exigence démocratique. Un référendum pourrait en être l’occasion, lequel aurait aussi le mérite, quel qu’en soit le résultat, d’inviter nos voisins européens à débattre également de cette question, par nature transfrontalière.

Les libéraux ont beaucoup d’objections à opposer au nucléaire : l’opacité congénitale du secteur, sa nécessaire hypercentralisation, la soumission de chacun aux choix à long terme imposés par l’État, les investissements publics considérables dédiés à la filière, l’estimation hasardeuse des coûts de démantèlement des centrales et de gestion des déchets et, bien sûr, les risques incommensurables induits par cette technologie en cas d’accident.

La gestion de la catastrophe de Fukushima illustre une fois encore, bien au-delà de nos frontières, le goût du secret attaché au nucléaire. C’est pourquoi le MLG appelle à signer la pétition initiée par la CRIIRAD, demandant que les mesures mondiales de radioactivité, issues du réseau de laboratoires mis en place par le Traité d’Interdiction Complète des Essais Nucléaires, aujourd’hui confisquées par les États, soient rendues publiques en temps réel.

Les populations affectées, au-delà des frontières, par les conséquences de choix politiques qu’elles n’ont jamais validés, ont le droit de connaître tous les détails de la menace qui pèse sur elles. Et si ces conséquences s’avéraient dommageables, les victimes devraient aussi pouvoir demander justice et réparations aux responsables de la catastrophe.

Nous savons qu’aucune source d’énergie n’est exempte d’inconvénients à ce jour : les énergies fossiles seront de plus en plus chères à l’avenir, rareté oblige, et comportent des risques qui leur sont propres. Les économies d’énergie sont une nécessité mais ne seront de toute évidence pas suffisantes, sauf à mettre en péril le développement de nos économies et sans doute beaucoup de ce qui fait notre confort et notre qualité de vie.

L’espoir réside dans les énergies renouvelables, qui se développent rapidement, mais dont le coût ne deviendra acceptable que dans quelques décennies. Elles ne manquent pas d’attraits aux yeux des libéraux : le solaire et l’éolien, notamment, qui permettent la production d’énergie à petite échelle, éventuellement individuelle, mettraient fin à bien des dépendances énergétiques.

Si ces préoccupations nous rapprochent de la plupart de ceux qui se soucient d’écologie et sont attachés à l’idée de développement durable, nous voulons néanmoins mettre en garde contre une certaine vision de l’écologie, réticente à l’idée même de développement, tentée parfois de ranger l’humanité, coupable du progrès technique, au rang de parasite d’une nature idéalisée, qu’il faudrait honorer au prix d’un nouvel interventionnisme radical.

Loin de ces tentations, visant à nous rapprocher d’un « état de nature » dont notre espèce a mis tant de siècles à s’extraire, indifférents aussi aux ambitions industrielles d’une caste qui a jusqu’à présent prohibé toute discussion sérieuse sur la question en France, nous en appelons au débat démocratique, éclairé par la raison et le savoir scientifique, pour faire émerger les solutions qui feront notre avenir énergétique et opérer d’inévitables choix collectifs.

Il nous faudra à la fois gérer le présent, c’est à dire trouver le meilleur compromis à court terme entre nucléaire et fossile, et préparer l’avenir, qui nous semble reposer sur l’usage de nouvelles ressources, renouvelables et bientôt compétitives. Gageons que, cette fois encore, c’est la recherche scientifique et la dynamique des échanges économiques qui apporteront, comme elles l’ont fait depuis des siècles, les solutions qui permettront à l’humanité d’assurer son développement, en harmonie avec une planète que nous voulons tous préserver.

Revenu citoyen : Villepin pour une allocation (presque) universelle

En proposant d’instaurer en France un « revenu citoyen » inspiré par le concept d’allocation universelle, Dominique de Villepin permet à cette belle idée, trop longtemps confinée à quelques cercles initiés, d’émerger dans le débat public. Le MLG s’en félicite et appelle toute la gauche à se pencher enfin sur la question pour en faire un thème majeur de la campagne présidentielle.

Dominique de Villepin a proposé cette semaine, dans une tribune parue dans Libération, la création en France d’un « revenu garanti à tous, de l’ordre de 850 euros, autant dire le strict nécessaire […], un socle pour construire une vie digne et libre ». Ce chiffre correspond au seuil de pauvreté dans notre pays, sous lequel survivent quelque 7 millions de personnes.

Financé pour l’essentiel par le redéploiement des aides sociales existantes et les économies induites sur les frais administratifs, ce revenu serait dégressif jusqu’au niveau du revenu médian, autour de 1500 euros. Sans contrepartie formelle, il « créerait l’engagement moral de poursuivre une activité : travail, formation, bénévolat associatif, engagement politique ou syndical, création artistique. »

Le MLG, qui a mis dès sa création l’allocation universelle au cœur de son projet, se réjouit de cette prise de position, aussi inattendue que radicale, de la part d’un ancien Premier ministre qui n’avait pas vraiment brillé jusqu’à présent par ses propositions sociales et économiques.

En dénouant le lien ancestral qui identifie revenu et travail, en constatant que « pendant des siècles l’humanité n’a eu d’autre but que d’assurer sa survie », que « la révolution industrielle, en deux siècles, a changé la donne », qu’il est désormais « nécessaire de donner au citoyen la liberté de se consacrer aux choses de la cité, comme les citoyens athéniens hier », en reconnaissant ainsi l’utilité intrinsèque de toute activité humaine, rémunérée ou pas, Villepin marque une profonde rupture avec l’idéologie du travail érigé en valeur en soi, si chère à sa famille politique, de tous temps – y compris lorsqu’il dirigeait le gouvernement – et jusqu’à l’actuel Président et son dérisoire « travailler plus pour gagner plus ».

Mais si nous reconnaissons dans les arguments énoncés une réelle proximité avec notre vision de l’allocation universelle, il nous faut pourtant marquer des réserves quant aux modalités qui nous sont ici proposées. En particulier, la brutale dégressivité qui s’appliquerait à cette prestation, selon les chiffres avancés, limiterait considérablement l’incitation à compléter ses revenus par une activité rémunérée, au risque de créer une nouvelle trappe à inactivité – et une incitation au travail non déclaré – comme c’est le cas actuellement pour le chômage et le RSA.

C’est pourquoi nous préférons à celle de Dominique de Villepin la proposition de l’économiste Jacques Marseille, défendant le principe d’une allocation inconditionnelle et cumulable, qui éviterait le piège des effets de seuil et rendrait profitable toute activité rémunérée complémentaire. Sa gestion administrative en serait aussi drastiquement simplifiée.

Par ailleurs, de nombreuses précisions restent à apporter sur le dispositif proposé : ce revenu sera-t-il individualisé, garantissant l’indépendance des choix de vie de chacun ? Sa mise en œuvre sera-t-elle l’occasion d’une refonte complète de notre système de prestations sociales, incluant les allocations chômage et retraite, les aides au logement, ou encore les nombreuses aides à l’embauche ?

Certes imparfaite, la proposition de l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac a au moins le mérite de faire apparaître dans l’espace médiatique une idée pleine d’intelligence, de bon sens et de promesses qui, bien qu’étudiée et validée depuis des décennies par de nombreux économistes à travers le monde, de Milton Friedman à Philippe Van Parijs, reste à ce jour largement méconnue des Français et absente des débats politiques.

La gauche, aujourd’hui silencieuse sur ces propositions, doit s’emparer du sujet. L’allocation universelle peut constituer le socle d’un nouveau projet pour le pays, associant liberté, progrès social et dynamisme économique. Mais il faudrait pour cela d’abord sortir des tergiversations sans fin sur l’âge légal de la retraite, le temps de travail hebdomadaire ou le niveau du SMIC. L’émergence de l’allocation universelle dans le débat donne un sérieux coup de vieux à ces disputes stériles.

Le Mouvement des Libéraux de Gauche organisera prochainement un colloque consacré à l’allocation universelle, qui sera l’occasion de discuter des multiples approches de cette idée aussi révolutionnaire que pragmatique et de la possibilité de la concrétiser en France. Dominique de Villepin sera naturellement le bienvenu s’il souhaite y apporter sa contribution.

Une révolte arabe ? Non, Sire, une révolution

La révolte de la jeunesse tunisienne, venue à bout de son satrape, a inauguré un processus révolutionnaire qui ébranlera, nous l’espérons ardemment, l’ordre liberticide établi depuis des décennies dans toute la région, avec la complicité des pays occidentaux, soucieux de préserver, au prix du déshonneur, une illusoire stabilité dans cette partie du monde.

Les peuples du « monde arabe », n’en déplaise aux tenants du relativisme culturel et politique, aspirent comme tous les peuples du monde à la liberté, à la sureté que seul un état de droit peut garantir, au libre choix de leurs représentants, à une économie sans prédation ni corruption qui permette à sa jeunesse de se construire un avenir.

En feignant de l’oublier, arguant un jour que « le premier des droits est celui de manger », saluant un autre d’inexistants « progrès en matière de libertés », soutenant jusqu’à la dernière heure un régime policier qui n’hésitait plus à tirer sur le peuple, la France a une fois de plus fait mentir ceux qui voient encore en elle la patrie des droits de l’Homme et l’amie des libertés. A Tunis, c’est une faute qui ne sera pas facilement pardonnée.

Pourtant, la révolte tunisienne n’aurait du étonner personne, tant elle fermente depuis longtemps et est révélatrice d’une situation à la fois catastrophique et scandaleuse dans l’ensemble de cette région, que l’Europe et la France ont choisi longtemps d’ignorer.

Des régimes autoritaires sourds aux besoins des populations, une démographie explosive, une jeunesse désœuvrée et souvent peu instruite, des femmes aliénées et assignées à la sphère familiale, un environnement fragile marqué par la désertification et une urbanisation sauvage, une économie anémiée dont les rares fruits sont confisqués par quelques uns, une éducation rétive à l’esprit critique, une religion du fatalisme, enfin, qui peine à s’adapter à la modernité : tels sont les ingrédients de l’explosion inéluctable que désignaient, il y a dix ans déjà, une série de rapports accablants, écrits par des intellectuels arabes pour le PNUD, l’agence des Nations-Unies pour le développement.

Depuis, la situation a empiré. Moins industrialisé aujourd’hui que dans les années 70, le monde arabe, pourtant naturellement riche, est maintenu par ses dirigeants dans le sous-développement. Et les rares emplois créés par ces économies somnolentes ne sont pas en mesure de répondre à une pression démographique exceptionnelle : 60% des habitants de la région ont moins de 25 ans, en faisant la zone la plus jeune de la planète avec un âge moyen de 22 ans contre 28 ans pour la moyenne mondiale.

Cette jeunesse, qui dispose d’un vaste espace, d’une culture ancienne, d’une langue commune, vit malgré ces atouts dans un état de pauvreté et de précarité généralisées. Régentée par des régimes anachroniques, abandonnée au chômage, privée de libertés politiques et économiques, elle n’a d’autres perspectives que la soumission, la frustration ou l’exil, de plus en plus aléatoire à l’heure où les frontières de l’Europe tendent à se fermer.

Nous qui regardons, sur la rive Nord de la mare nostrum, ce désastre qui va accoucher, nous l’espérons, d’un monde meilleur, devons mesurer l’importance de ce moment.

La jeunesse arabe n’a pas dit son dernier mot. Vivant désormais majoritairement dans les villes, elle s’y affranchit des tutelles traditionnelles, élargit ses horizons à travers Internet et les télévisions satellitaires, qui abolissent des frontières jusque là si étanches et mettent à mal le contrôle de l’information par les gouvernements.

Partout, ils ont vu les Iraniens défier les mollahs dans les rues de Téhéran, assisté en direct à la chute du tyran de Carthage, et maintenant à l‘insurrection qui secoue le pouvoir égyptien. Depuis des années, ils s’abreuvent des films et séries issus du monde libre. Et si la planète est désormais pour eux aussi un village, leur frustration n’en est que plus grande, et leur soif de changement irréductible.

Mais s’ils sont lassés des vieillards cupides et pathétiques qui leur tiennent lieu de gouvernants depuis qu’ils sont nés, ils ne semblent pas pour autant séduits par les discours islamistes, pas plus que par les chimères marxistes. De Tunis à Sanaa, ils n’ont qu’un seul mot d’ordre : Liberté.

Les changements ne vont pas s’arrêter aux frontières de la Tunisie. Du Maroc au Yémen, tout un monde va basculer demain. La France et l’Europe ne pourront pas faire beaucoup plus que d’observer et espérer que ces bouleversements prennent une orientation positive et démocratique.

Espérons qu’à l’avenir, plutôt que le savoir-faire de nos services de sécurité, nous offrirons à la jeunesse arabe des bourses d’études, des investissements pour favoriser les emplois, une coopération institutionnelle et des échanges commerciaux.

Le rêve d’une Méditerranée qui ne serait plus un fossé entre deux rives, mais un lien entre celles-ci, exige pour se réaliser un esprit nouveau au Nord comme au Sud. Un esprit qui chante la recherche du bonheur, de la liberté et de la démocratie. Nous attendons avec impatience que celle-ci devienne clairvoyante au Nord et triomphante au Sud.

Le comité parisien du MLG organise le mercredi 9 février une rencontre-débat autour du thème « Tunisie, une révolution libérale ? », en compagnie de deux opposants tunisiens réfugiés en France. Rendez-vous à partir de 19h à l’Autre Café, 62 rue Jean-Pierre Timbaud, Paris 11 (M° Parmentier).

Au rez-de-chaussée, dans mon HLM…

Alors qu’une étude rapporte que près de 10% des logements HLM sont occupés par des familles parmi les plus aisées, le MLG appelle à sortir de la logique du logement étatique de masse, un système nécessairement injuste et incapable d’enrayer la hausse des prix immobiliers, pour laisser enfin sa chance à un marché libre du logement.

Une étude récente de l’Observatoire de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale montre que 378.000 logements du parc social sont occupés par des ménages parmi les 20% les plus aisés, dont 50.000 familles disposant de plus de 11.200 euros par mois. Par ailleurs, quelque 800.000 logements sociaux seraient actuellement sous-occupés.

Pendant ce temps 1,2 millions de familles éligibles au logement social (65% de la population peut y prétendre) sont sur des listes d’attentes depuis parfois plusieurs années.

Des chiffres bruts qui cachent une réalité plus amère encore pour les familles pauvres : ces locataires fortunés sont bien entendu rarement contraints d’habiter les cités à problèmes mais se retrouvent presque toujours dans les opérations « intégrées » à des quartiers de bon standing, au nom de la mixité sociale. Les cités pourries, c’est pour les immigrés et les pauvres. La « mixité », pour ceux qui sont dans les petits papiers des potentats locaux.

Mais quand bien même l’attribution des logements sociaux serait parfaitement honnête, ce qui est un doux rêve, le problème ne serait pas pour autant réglé. En effet, lorsque le prix d’un bien subventionné, quasi-équivalent à un bien privé de même nature, lui est inférieur de moitié, voire plus, la loi de l’offre et de la demande condamne le bien subventionné à se trouver en pénurie, ce qui oblige les offreurs à gérer des files d’attentes.

Et au jeu du plus habile pour faire progresser son dossier au sommet de la pile, ce seront toujours les plus éduqués ou les plus impliqués dans la vie politique et associative locale qui sauront obtenir les meilleures places, comme nous le rappellent des révélations régulières sur les occupants les plus célèbres de ces logements.

On ne s’étonnera guère, dans ces conditions, que le taux de rotation dans le parc HLM de la ville de Paris soit inférieur à 4% (un ménage entrant reste 25 ans dans les lieux en moyenne) alors qu’il est de 20% (soit une rotation de 5 ans) dans le secteur privé.

Face à cette situation, les organismes sociaux réclament – ô surprise – plus de moyens et condamnent le « désengagement de l’Etat » pour construire plus de logements sociaux. Le même refrain nous est servi depuis les années 90, et plus personne ne peut y croire. La mécanique du logement social est viciée à la base : du fait de sa nature subventionnée, toute offre nouvelle souffrira des mêmes maux que l’actuelle si le système n’est pas changé.

Pour lutter contre le manque de logements et la hausse continue des loyers, des solutions existent pourtant.

D’abord, une grande loi de libération foncière, rendant tout terrain en zone périurbaine constructible par défaut, à l’exception des zones dangereuses, de l’espace protégé du littoral, des parcs naturels et des zones classées, ferait retrouver durablement aux prix du foncier un niveau raisonnable. Cela permettrait de construire assez rapidement des nouveaux logements en nombre suffisant pour faire baisser les prix dans des proportions importantes, réduisant considérablement les besoins de « traitement social » du logement.

Ensuite, la privatisation de l’essentiel du parc HLM, sous réserve qu’elle bénéficie d’abord aux ménages occupants lorsqu’ils en respectent encore les critères d’attribution, permettrait de fluidifier considérablement le marché locatif. Le reliquat du parc social devrait alors être réservé au logement d’urgence à court et moyen terme, pour ceux qui en ont le plus besoin.

Enfin, l’allègement des dispositifs imposés par la loi dans les baux de location, qui ont pour effet de surprotéger les locataires en limitant à l’extrême les possibilités d’action contre les mauvais payeurs, faciliterait certainement, en soulageant la méfiance des propriétaires, l’accession à la location privée à bien des demandeurs qui ne peuvent se loger aujourd’hui faute d’un « dossier » en béton ou de garants fortunés.

Diminuer le poids de l’Etat dans le domaine du logement, en ces temps de fortes tensions budgétaires, serait une solution inédite, après des décennies de « crise » perpétuelle subie par les familles modestes de France. Elle donnerait enfin sa chance à un marché libre du logement, susceptible de satisfaire la demande et de limiter la spéculation, et permettait de concentrer l’effort de solidarité publique sur les cas de réelle précarité.

Pour approfondir ces questions, nous vous recommandons de consulter l’excellent site de Vincent Bénard :  http://crisepublique.fr.

Ouverture : les aventuriers de la gauche perdue

Le récent remaniement ministériel, s’il tient surtout du non-évènement, nous aura tout de même offert une satisfaction, la disparition du sinistre Ministère de l’Identité Nationale, et une saine clarification, la fin de « l’ouverture à gauche » qui s’est avérée une impasse.

C’est qu’ils avaient fière allure, ces pionniers de la gauche moderne et réaliste, qui lassés de n’être pas entendus dans leur camp, et au risque d’apparaître comme des renégats, décidaient en 2007 de rejoindre le gouvernement du président Sarkozy, fraîchement élu.

Celui-ci n’avait-il pas annoncé la fin de la Françafrique, une diplomatie des Droits de l’Homme ou un ambitieux plan Marshall pour les banlieues ? Et cette main tendue à des personnalités de gauche ne démontrait-elle pas un engagement à gouverner autrement ?

Que reste-t-il trois ans plus tard de cette aventure ? Malgré Jean-Marie Bockel, la Françafrique se porte toujours bien, malgré Fadela Amara, les banlieues se portent toujours mal, malgré Bernard Kouchner, la France a reçu avec tous les honneurs les dirigeants chinois ou libyens.

Il ne pouvait en être autrement, cette prétendue ouverture n’étant qu’une ruse et ces prises de guerre autant de trophées politiques, supposés témoigner de la déliquescence de l’opposition et rendre un peu plus difficile encore sa nécessaire recomposition.

Sous tutelle des conseillers de l’Elysée et de Matignon, aucun de ces ministres n’eut jamais les moyens de mettre en œuvre les projets qu’il portait, une expérience qui fut certainement très frustrante, et parfois même humiliante pour les intéressés. Ils avaient fui une mission incertaine, la difficile réforme de la gauche, pour s’embourber dans une mission impossible : moderniser la France avec un gouvernement de droite.

Le naufrage de cette expérience, dont les cobayes ont été des personnalités de gauche parmi les plus proches des idées libérales, aura eu au moins le mérite de clarifier une chose : la droite française est plus que jamais antilibérale. Et l’éviction simultanée d’Hervé Novelli, seul membre du gouvernement à assumer l’épithète maudit, qui n’a pourtant pas démérité en créant le statut d’auto-entrepreneur, finit d’en apporter la démonstration.

Mais pendant ce temps la rénovation de la gauche n’a pas pour autant progressé et les vieilles recettes étatistes ont encore la cote. Les éléphants et les jeunes lions, toujours prompts à excommunier les camarades divergents, le furent hélas moins à dépasser leurs archaïsmes pour imaginer un programme crédible de gouvernement.

Pourtant, seule une gauche pleinement réconciliée avec les idées libérales sera capable de proposer aux Français un projet de gouvernement à la fois cohérent, progressiste et crédible en 2012.

C’est à un tel projet que le MLG souhaite s’associer et apporter sa contribution.

Avec le Groupe Spinelli pour les Etats-Unis d’Europe

Le Mouvement des Libéraux de Gauche salue la création du Groupe Spinelli, officiellement lancé cette semaine au Parlement Européen, et appelle à soutenir cette initiative en signant son Manifeste pour une Europe fédérale et post-nationale.

Fondé à l’initiative d’eurodéputés issus de diverses formations politiques, et soutenu par d’éminentes personnalités, ce groupe, qui tire son nom d’Altiero Spinelli, l’un des pères fondateurs du fédéralisme européen, appelle les dirigeants de l’Union à résister à la tentation du repli nationaliste pour répondre aux défis d’un monde désormais globalisé.

« S’accrocher aux souverainetés nationales et aux méthodes intergouvernementales ne signifie pas seulement entrer en conflit avec l’esprit européen, c’est opter aussi pour l’impuissance politique », écrivent les auteurs du Manifeste qu’on peut lire, en anglais pour le moment, sur le site http://spinelligroup.eu.

Les libéraux de gauche sont naturellement attachés au projet d’une Europe démocratique et libérale dont tous les citoyens, libres et égaux en droit, seraient pleinement chez eux sur l’ensemble du territoire de l’Union.

Des institutions fédérales, représentatives de ces citoyens et mandatées par eux, donneraient enfin à l’Europe la légitimité démocratique, la cohérence politique et la capacité de peser dans les grands débats planétaires qui lui font si cruellement défaut à ce jour.

L’histoire nous a démontré que l’Europe recule quand elle ne se consolide pas et c’est avec tristesse que nous voyons peu à peu la désunion gagner du terrain, sous les coups de boutoir des supposés intérêts nationaux et des calculs électoraux locaux des uns et des autres.

Seule une initiative transnationale peut permettre de relancer la construction européenne, pour en finir avec la tentation du repli et les nationalismes qui ont toujours fait le malheur du continent. Et ce n’est qu’au sein du Parlement Européen, seule institution élue par les citoyens de l’Union que cette initiative peut naître.

C’est pourquoi nous nous réjouissons de la création du Groupe Spinelli et formons avec ses initiateurs le vœu que nous saurons sortir de la crise européenne par le haut, pour bâtir enfin l’Europe des citoyens – démocratique, fédérale et post-nationale – qu’avaient rêvée les pères fondateurs.

Vargas Llosa, Liu Xiaobo : deux Nobels pour la Liberté

En décernant le Prix Nobel de Littérature à l’écrivain Mario Vargas Llosa et celui de la Paix au dissident chinois Liu Xiaobo, l’Académie a honoré deux combattants de la Liberté qui, chacun à sa façon, nous rappellent que la conversion d’une dictature à l’économie de marché ne suffit pas à en faire une démocratie libérale.

Mario Vargas Llosa méritait depuis longtemps le Prix Nobel de Littérature pour avoir su, par la fiction, décrire le monde bouillonnant de l’Amérique latine, son Pérou natal, la sanglante et sordide dictature de Trujillo en République dominicaine, les tribulations des habitants du Nordeste brésilien au 19ème siècle ou encore le bonheur de Gauguin au Pacifique.

Son œuvre, cependant, va au delà de la littérature. Comme Raymond Aron, Jean-François Revel ou avant eux Albert Camus, Mario Vargas Llosa, séduit dans sa jeunesse par le marxisme avant de rencontrer la pensée libérale, a trouvé dans le journalisme militant, au service des libertés, la prolongation naturelle de sa pratique littéraire.

Ainsi, il tient depuis de longues années une chronique bimensuelle dans le quotidien espagnol El Pais, Piedra de Toque, reprise par de nombreux journaux sud-américains, dans laquelle il s’engage inlassablement et avec un sens aigu de la pédagogie pour défendre les idées libérales. Autant de leçons de courage intellectuel dont on peut retrouver une sélection dans deux ouvrages publiés en France : Les enjeux de la Liberté et Le langage de la passion.

Mario Vargas Llosa y dénonce avec constance les pulsions liberticides et autoritaristes à travers le monde, mais il a aussi pourfendu sans relâche les dérives du pseudo-libéralisme mafieux qui sévissait notamment en Amérique latine dans les années 90 durant lesquelles, pour reprendre son expression, « la corruption se cachait derrière le rideau de fumée des réformes ».

C’était l’époque où des chefs d’État désolants – Carlos Menem en Argentine, Fernando Collor au Brésil, Alberto Fujimori au Pérou, entre autres –, transformaient des monopoles publics en autant de monopoles privés, assurant ainsi la prospérité de leur clan et prenant leur dîme au passage. La belle idée du libéralisme fut longtemps ternie par cette caricature et Mario Vargas Llosa fut alors souvent bien seul à s’en offusquer.

Mais si les populations de ces jeunes démocraties ont pu se débarrasser in fine de leurs dirigeants corrompus par la voie des élections, c’est un rêve qui reste inaccessible pour les peuples chinois, soumis aux diktats du parti unique, désormais converti aux vertus du capitalisme productiviste mais toujours pas à celles du libéralisme politique.

Liu Xiaobo, militant pour la démocratie et la liberté d’expression, en sait quelque chose, qui a écopé de onze ans de prison pour avoir participé à la rédaction de la Charte 08, un texte inspiré de la Charte 77 de Vaclav Havel, présentant des propositions pour une démocratisation de son pays, et qui devra certainement patienter longtemps avant de recevoir son prix à Oslo.

Comme lui, ils sont des milliers en Chine, intellectuels dissidents, syndicalistes, militants des Droits de l’Homme ou bloggeurs imprudents, condamnés à de lourdes peines de prisons ou internés dans les hôpitaux psychiatriques, pour avoir eu l’impudence de parler de liberté ou de démocratie dans ce qui reste la plus grande dictature du monde.

A Mario Vargas Llosa, pour une vie consacrée à la Liberté, pour ses écrits extraordinaires, pour son humour et sa rigueur, nous adressons toutes nos félicitations et espérons que son œuvre, grâce à ce prix, trouvera de nouveaux lecteurs et ses idées un nouvel auditoire.

A Liu Xiaobo, qui paye chaque jour au fond de sa cellule le prix de son courage et de cette part de liberté qu’aucune administration ne pourra jamais lui enlever, nous adressons notre soutien et faisons le vœu qu’il puisse un jour prochain se promener dans les rues d’une Chine libre où l’on trouverait dans les librairies des livres de Mario Vargas Llosa.

| A lire également : Liberté, j’écris ton nom, entretien avec Mario Vargas Llosa par Michel Faure

Pourquoi Fidel Castro n’a plus rien à nous dire

Pourquoi nous bassine-t-on encore avec Castro ? Celui qui reconnut il y a peu, dans un éclair de lucidité, la faillite du système cubain a-t-il encore quelque chose à nous dire ? Tribune libre par Michel Faure*.

Depuis qu’il a ressurgi sur la scène cubaine comme un diable de sa boîte, la presse mondiale nous a régalés des vaticinations de l’ex-président cubain sur de nombreux sujets : l’avenir de la troisième guerre mondiale, l’expression de ses regrets d’avoir persécuté les homosexuels, le rappel à Ahmadinejad que les juifs ont été maltraités dans l’histoire – suivi d’un correctif précisant que les musulmans l’ont été également – et enfin l’accusation portée il y a peu contre la France, coupable d’un « holocauste racial » envers les Roms.

Il y a surtout eu ce qui est apparu comme la confession d’un regret, voire l’expression d’une sagesse tardive, avec la déclaration de Fidel lors d’une récente interview au magazine américain The Atlantic affirmant : « Le modèle cubain ne marche même plus pour nous. »

Ce propos, dit maintenant Castro, aurait été mal compris. Il voulait dire que le capitalisme, et non le socialisme, ne fonctionne nulle part, mais ajoute-t-il, il ne s’offusque pas de ce quiproquo, il trouve même cela assez amusant.

Face à cette logorrhée soudaine, deux questions se posent :

- La première : que cherche Fidel Castro ? Revenir au centre de toutes les attentions ? Savonner la planche de son frère Raul, ou au contraire l’aider à faire passer quelques timides réformes auprès des plus orthodoxes ?

- La deuxième : est-ce qu’on s’en fout ?

Et à cette dernière, je réponds oui. Au fond, qu’avons-nous à faire des propos d’un vieux dictateur octogénaire qui semble sorti tout droit d’un roman de Garcia Marquez et qui n’a plus de levier sur le monde, même s’il garde sans doute encore quelque capacité de nuisance dans son propre pays ?

Que nous importent ses considérations sur les mérites comparés du socialisme et du capitalisme ? Du capitalisme, il ne sait rien, et du socialisme, il a démontré qu’il n’avait pas rendu l’île prospère.

Cuba, sous Fidel, a vécu sous perfusion soviétique jusqu’en 1989. Quand l’URSS s’effondre, l’économie cubaine connaît une chute spectaculaire et n’a toujours pas retrouvé, 21 ans plus tard, son niveau d’alors.

La désorganisation a été si profonde que la production de sucre, alors premier produit d’exportation de l’île, qui était de 8 millions de tonnes en 1989, est tombée à 2 millions en 2009, et pour la première fois dans l’histoire de Cuba sous la révolution castriste, 100 000 travailleurs furent mis à pied.

Cuba n’exporte pratiquement aucun produit fini et ne vend donc à l’extérieur, à l’exception de produits pharmaceutiques et biomédicaux, que des matières premières –nickel, cobalt, pétrole, sucre et tabac. Grâce à des crédits à court terme, notamment vénézuéliens, Cuba importe du pétrole, des produits chimiques, des produits alimentaires et des machines.

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Il ne faut pas sauver le système des retraites

Nos régimes de retraite ont deux défauts majeurs : ils sont structurellement déficitaires et outrageusement injustes. Dans l’espoir, sans doute vain, d’en limiter à moyen terme les déficits, le gouvernement a choisi de les rendre un peu plus injustes encore. Plutôt que de réformer à la marge ce système en déroute, le MLG propose de lui substituer une logique nouvelle, à la fois plus solidaire, plus efficace et plus respectueuse des choix de vie de chacun.

Conçu après la seconde guerre mondiale pour des salariés qui travaillaient à plein temps et faisaient carrière à vie dans leur entreprise ou administration – dont un tiers seulement atteignait l’âge de toucher une pension – notre système de retraites est désormais inadapté, face à l’évolution démographique et aux mutations de l’organisation du travail.

En faillite patente – et la réforme annoncée n’inversera pas la tendance à terme –, ce système perpétue par ailleurs autant d’iniquités et d’injustices qu’il compte de régimes particuliers. On n’en dénombre pas moins de 538 à ce jour : une opacité institutionnelle bien pratique pour camoufler petits et grands privilèges.

En effet, la prétendue solidarité républicaine que le système est supposé garantir aux Français – et que le monde entier nous jalouserait – ne se vérifie que par une étonnante logique de répartition :

« Solidarité » de ceux qui n’ont pas pu cotiser pleinement tout au long de leur carrière, essentiellement les mères de famille et les personnes les plus fragiles, au bénéfice de ceux qui ont eu des carrières longues et régulières, privilège de la fonction publique et de la grande entreprise ;

« Solidarité » de ceux qui vivront le moins longtemps, à commencer par les ouvriers qui exercent des métiers pénibles, au bénéfice de ceux qui vivront le plus longtemps, et ont les meilleures conditions de vie : les cadres supérieurs et les fonctionnaires les plus choyés, en caricaturant à peine.

On peut se demander, à l’examen de ces transferts, pourquoi des partis prétendument de gauche, et des syndicats sensés représenter les travailleurs, tiennent tant à perpétuer ce système ubuesque qui ne pratique la redistribution que des plus précaires vers les mieux lotis.

À contrario, ils devraient appeler à le dépasser pour mettre en place un nouveau dispositif à la fois plus égalitaire, mieux adapté à ce qu’est aujourd’hui l’organisation du travail et laissant à chacun plus de liberté pour mener sa vie à sa guise.

L’allocation universelle : un revenu garanti tout au long de la vie

Le MLG propose d’instaurer une allocation universelle, versée mensuellement à chaque citoyen, sans conditions de ressources, d’âge ou d’activité, qui remplacerait l’ensemble des allocations sociales existantes : revenu minimum, allocations familiales, assurance chômage, prime pour l’emploi, aides au logement, bourses d’études, minimum vieillesse, etc.

Financée par l’impôt, cette allocation pourrait être indexée sur le revenu médian. Elle devra permettre à toute personne sans autre ressource de mener une vie modeste, à l’abri de la misère, tout en maintenant son financement global en deçà de celui des allocations actuelles cumulées. Nous travaillons actuellement sur une hypothèse autour de 750 euros par mois.

Chacun jouirait ainsi, tout au long de son existence, d’un revenu sécurisé et suffisant pour vivre modestement mais dignement, qu’il complèterait, en fonction de ses choix de vie et de ses capacités, des fruits de son travail et de son épargne personnelle.

Le revenu des retraités – qui décideraient enfin librement de l’âge auquel ils souhaitent arrêter de travailler, ou moduler leur rythme de travail – serait donc composé de cette allocation universelle, complété par une épargne personnelle librement constituée. Une épargne qui sera elle-même encouragée et facilitée par l’existence de ce revenu de base, certes modeste mais régulier.

Bien sur, la mise-en-place de ce dispositif devra, le jour venu, garantir le montant des retraites en cours et permettre aux actifs de récupérer, sous forme de pension complémentaire ou de capital disponible, les cotisations déjà versées au cours de leur carrière.

L’économiste Jacques Marseille, disparu cette année, a démontré la faisabilité d’une telle politique en France, sans augmentation des prélèvements obligatoires. Nous vous invitons à lire le texte qu’il a publié à ce sujet pour plus d’information.

De la garde à vue à l’Habeas Corpus

Le Mouvement des Libéraux de Gauche se réjouit de la décision rendue cet été par le Conseil Constitutionnel, qui reconnait enfin l’illégalité des conditions de la garde à vue en France. Celles-ci constituent une évidente atteinte aux droits humains les plus élémentaires, indigne d’une démocratie. Nous espérons que le Parlement et le gouvernement, qui doivent réformer cette procédure dans l’année, sauront restaurer au moins trois dispositions essentielles.

La première est évidemment le droit d’être assisté, tout au long de la garde à vue, d’un avocat ayant accès au dossier qu’établit la police. Si cette mesure suppose un accroissement des dépenses publiques pour la rémunération des avocats commis d’office, elle induit dès lors que l’opportunité de cette garde à vue soit justifiée et, si elle ne l’était pas, que le responsable d’une décision abusive soit, d’une manière à définir, sanctionné.

La deuxième mesure doit remettre en cause l’aberration actuelle qui, tout en accordant à une personne interpellée le droit de rester silencieuse tant qu’elle n’est pas en présence de son avocat, tolère dans le même temps que la police n’énonce pas ce droit à la personne concernée. Il est impératif de réaffirmer l’obligation juridique pour les policiers de faire connaître leurs droits aux personnes interpellées.

La troisième mesure, enfin, est que toute décision touchant à la liberté des personnes – et la garde à vue est une privation de liberté – devrait être prise par un fonctionnaire qualifié. Il n’est plus admissible qu’un gardien de la paix, doté d’un simple baccalauréat, fasse office d’officier de police judiciaire, comme cela est très souvent le cas. Au minimum un diplôme de droit devrait être exigé.

Mais au-delà de cette réforme à minima de la procédure, qui serait déjà un progrès significatif, le MLG invite le législateur à aller plus loin, en saisissant l’opportunité offerte par le Conseil Constitutionnel pour établir enfin une version française de l’Habeas Corpus.

Ce principe, dont l’histoire est très ancienne, énonce une liberté fondamentale, qui devrait avoir une portée universelle : nul ne peut être emprisonné sans jugement. Par conséquent, toute privation de liberté, fût-elle de courte durée comme c’est le cas pour la garde à vue, devrait être décidée non par un policier – fût-il officier de police judiciaire –, mais bien par un juge, en présence de la personne concernée, assistée de son avocat.

Ces dispositions, si elles étaient enfin adoptées, redonneraient à la police et la justice de notre pays quelque crédibilité démocratique et laisseraient espérer que la France accède enfin au statut qui devrait être le sien depuis longtemps : celui d’un authentique État de Droit.

| A lire également sur ce sujet : Gardes à vue : la victoire des avocats, par Maître Eolas

L’ethnicisation des questions de sécurité : une pente dangereuse

Après le débat calamiteux sur l’identité nationale, les mauvaises blagues « auvergnates » de Brice Hortefeux et la stigmatisation récente des populations roms au prétexte d’un fait divers, Nicolas Sarkozy est allé au bout de sa logique en désignant les Français « d’origine étrangère » comme principaux responsables de la délinquance.

Il est paradoxal que celui qui a été l’artisan de l’abolition de la double-peine, mesure « cruelle pour des étrangers qui ont construit toute leur vie en France », selon les mots du Ministre de l’Intérieur Sarkozy en 2003, propose aujourd’hui de retirer la nationalité française aux « personnes d’origine étrangère » qui auraient porté atteinte à la vie de « toute personne dépositaire de l‘autorité publique ».

Une proposition que l’actuel ministre de l’Intérieur – dont on peut se demander ce qu’il fait encore à ce poste après sa récente condamnation en première instance pour des propos racistes – entend déjà étendre à divers « actes de délinquance grave ».

Si l’inconstitutionnalité flagrante de telles mesures nous laisse espérer qu’elles ne sont pas prêtes de s’appliquer dans notre pays, qui reste tant bien que mal un État de droit, nous dénonçons l’irresponsabilité d’un exécutif qui, faute d’obtenir le moindre résultat en matière de sécurité, cède à la démagogie xénophobe au risque de monter les uns contre les autres et d’attiser les tensions dans les quartiers « sensibles ».

Loin de nous l’idée de minimiser la gravité de la violence quotidienne à laquelle nombre de nos concitoyens sont livrés depuis des années ou de chercher des excuses aux caïds et autres casseurs qui terrorisent les habitants de nombreux quartiers. Ceux-ci doivent répondre de leurs actes devant la Justice et nous attendons qu’elle se montre sévère à l’égard de ceux qui usent de violence. Mais aucun impératif de sécurité ne peut justifier qu’on stigmatise à priori une partie des citoyens français, en fonction de leurs origines, présumées criminogènes.

Que la police fasse son travail et neutralise les individus violents, c’est bien la moindre des choses. Que le gouvernement lui en donne les moyens, dans les limites du droit, c’est ce que beaucoup de Français – toutes origines confondues – attendaient de cette majorité. Mais qu’ils foutent la paix à ceux qui ne s’en prennent à personne et tentent de vivre en France, dans le respect des lois et en bonne entente avec chacun, d’où qu’ils viennent !

Le Mouvement des Libéraux de Gauche s’associe à l’appel citoyen et au communiqué commun initiés par la Ligue des Droits de l’Homme et appelle à manifester le samedi 4 septembre, à 14h00, place de la République à Paris et partout en France, « pour dire ensemble notre attachement à la liberté, à l’égalité et à la fraternité qui sont et qui resteront notre bien commun ».

Signez la pétition en ligne : http://nonalapolitiquedupilori.org/

Les caïds des cités sont d’extrême-droite et trouvent des défenseurs à gauche, un sacré paradoxe.

Malek Boutih avait dénoncé il y a quelques années « les petits Le Pen de banlieue » qui terrorisent les quartiers populaires. Des propos qui avaient alors suscité une large indignation à gauche. Il avait pourtant vu juste : les valeurs des caïds des cités sont d’évidence celles d’une droite des plus dures. Il est pour le moins paradoxal qu’une partie de la gauche continue à les défendre. Tribune libre par Hugues Serraf*.

"Les barbares des cités, il n’y a plus à tergiverser, il faut leur rentrer dedans, taper fort, les vaincre, reprendre le contrôle des territoires qui leur ont été abandonnés par des élus en mal de tranquillité. Et vite !" [Malek Boutih]La bienveillance d’une partie de la gauche à l’égard des caïds des cités est un fameux paradoxe. A fortiori lorsque l’on observe que, plus l’on est radical dans son hostilité à la société marchande, plus l’on est solidaire des cailleras les moins critiques du « système ». Témoin, les ponts jetés, tout récemment, entre les saboteurs ferroviaires (présumés) de Tarnac et les shooteurs de flics (avérés) de Villiers-le-Bel.

C’est sûr, si l’on a choisi de faire des casseurs le miroir des souffrances des milliers d’habitants qui les supportent bien plus qu’ils ne les soutiennent, on peut comprendre cette logique : un braqueur ou un dealer, lorsqu’il terrorise le prolo de l’étage du dessous, cherche en réalité à lui faire prendre conscience de l’impasse que représente la caricature de démocratie qui le soumet et le contraint. Ok, le prolo ne comprend pas toujours, aliéné qu’il est par sa télévision mais, hey, on n’a jamais fait d’omelette sans casser quelques œufs…

Pour autant, il est assez difficile de réconcilier les valeurs, la vision du monde et le mode de vie « caillera » avec l’Eden rural que nous promettent les auteurs (toujours putatifs) de « L’Insurrection qui vient » une fois l’insurrection derrière nous. Car les cailleras, n’en doutons pas, sont de droite, et même d’une droite très dure, en comparaison de laquelle un Hortefeux, pour ne rien dire d’un Le Pen, font figure d’aimables sociaux-démocrates scandinaves.

Évoluant dans un univers centré sur le profit, la violence, les hiérarchies dominants-dominés et le sexisme, les cailleras n’ont qu’un projet : l’accumulation rapide et continue de biens de consommation coûteux qu’elles perçoivent comme les symboles de la réussite et du pouvoir (grosses cylindrées allemandes, bijoux en or, vêtements de marque…). Leur vision des relations économiques n’est pas pour autant « libérale » ― puisqu’elles préfèrent les monopoles à la concurrence entre bandes sur un territoire donné ―, mais bien « ultra-conservatrice ». Plus proches du Comité des forges et des Robber barons que de Wall Street ou de la Silicon Valley, elles n’inventent rien, n’innovent pas mais exploitent brutalement la faiblesse de toxicomanes en détresse et rackettent des artisans ou des petits commerçants que leurs revenus et leur mode de vie rapprochent davantage d’un prolétariat bon teint que des membres du Jockey Club.

Hostiles à la notion de service public (elles tiennent la présence d’une autorité autre que la leur sur leur territoire pour illégitime) et à l’éducation (les bons élèves sont des bouffons, les études ne servent à rien), les cailleras croient à une société fondée sur le respect d’un chef aux prérogatives extrêmement étendues, allant jusqu’à la condamnation à mort et à l’exécution du contrevenant aux règles. Dans leurs rapports avec les femmes, c’est l’expression d’un patriarcat traditionnel qui prévaut à l’intérieur du cercle familial, en parallèle de la réduction au rôle d’objet sexuel ou de trophée de celles qui ne sont ni des mères ni des sœurs.

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