La Françafrique défile sur les Champs-Elysées
13/07/10
Au prétexte de célébrer le cinquantenaire des indépendances africaines, les Champs-Elysées verront défiler ce 14 juillet, journée symbole de la conquête des libertés, les armées d’une brochette de dictatures soutenues par la France depuis des décennies, au mépris de populations qui rêvent de prendre elles aussi leurs Bastille.
Si les nominations en 2007 de Bernard Kouchner aux Affaires Étrangères et de Jean-Marie Bockel à la Coopération ont un temps permis d’espérer un changement des relations qu’entretient la France avec ses anciennes colonies, il nous fallu bientôt déchanter.
Bockel était débarqué dès mars 2008, sur injonction d’Omar Bongo, pour avoir affiché sa volonté d’en finir avec la Françafrique. Le même Omar Bongo qu’appelait Nicolas Sarkozy le soir de son élection en 2007 pour le « remercier de ses conseils », avant même la fermeture des bureaux de vote, et qui a vu son fils lui succéder en 2009 avec le soutien de Paris.
Quand au french doctor, tout semble indiquer qu’il est tenu à l’écart des affaires africaines au profit de Claude Guéant, Secrétaire Général de l’Elysée, entouré de quelques rescapés des réseaux Foccart. Jean-Christophe Rufin en a récemment témoigné, qui vient d’être démis de ses fonctions d’Ambassadeur au Sénégal à la demande expresse du président Abdoulaye Wade, qui lui aussi verrait bien son fils lui succéder.
Pendant ce temps, on réprimait les manifestants à Port-Gentil, on massacrait les réfugiés à Brazzaville, on assassinait les opposants et on enrôlait des enfants à N’Djamena. Et le gouvernement français légitimait sans vergogne les coups d’État malgache et mauritanien comme les hold-up électoraux gabonais et congolais.
L’invitation faite à ces armées, plus rompues à la répression des mouvements démocratiques qu’à la défense de leurs populations, de défiler sur les Champs-Elysées un 14 juillet, jour de la prise de la Bastille et symbole de la conquête des libertés, est tout simplement indécente.
C’est aussi un message sans ambigüité adressé à tous ceux qui luttent dans ces pays pour la démocratie et la liberté, et qui voient leurs bourreaux recevoir tous les honneurs au « pays des droits de l’homme » : la France n’a que faire de votre sort, elle a des « intérêts supérieurs » à défendre !
Mais tandis que cette Françafrique se sclérose, incapable de sortir des impasses tragiques dans lesquelles l’a menée la politique postcoloniale de la France, elle semble de plus en plus isolée sur un continent qui a retrouvé le chemin du développement et se porte de mieux en mieux.
Cette autre Afrique, qui s’est affranchie de ses anciennes relations coloniales, tire l’ensemble du continent vers l’avant. Outre l’Afrique du Sud, qui symbolise ce renouveau, de nombreux pays qui furent jadis des dépendances britanniques ou portugaises, forment aujourd’hui un arc vertueux, de l’Angola jusqu’au Kenya, en passant par le Botswana, la Zambie ou le Mozambique, avec la désastreuse exception du Zimbabwe.
Au Liberia, en Sierra Leone, au Rwanda ou au Kenya, les conflits anciens se sont apaisés et les élections démocratiques sont désormais la règle. Et la croissance, soutenue par des économies de plus en plus performantes et ouvertes au monde, est aussi au rendez-vous de ce renouveau.
Dans ce paysage en mouvement, la Françafrique et ses magouilles apparaît désormais comme une triste et anachronique exception. Bockel la disait moribonde et voulait « signer son acte de décès », nous espérons de tout cœur qu’il a raison et que l’enterrement est pour bientôt.
Cannabis : 40 ans de répression, ça suffit !
17/06/10
La politique de prohibition du cannabis menée par la France depuis les années 70 – la plus répressive en Europe – est un désastre patent. Inefficace, budgétivore et liberticide, elle ne sert que les intérêts de mafias qui imposent désormais leur loi sur des quartiers entiers.
Le candidat Sarkozy avait annoncé la couleur : « La drogue n’est pas une liberté ». De fait, depuis son élection, la répression envers les usagers de stupéfiants illicites, qui frappe essentiellement les amateurs de cannabis, soit quelques millions de personnes en France, a atteint de nouveaux sommets d’absurdité.
Avec près de 175 000 interpellations pour « infraction à la législation sur les stupéfiants » pour la seule année 2009, la plupart concernant de simples consommateurs de cannabis, jamais la répression n’avait été aussi brutale.
L’arsenal législatif mis à disposition des tribunaux, de la comparution immédiate aux peines-plancher, en passant par les coûteux et risibles « stages de sensibilisation » infligés aux consommateurs malchanceux, a également été renforcé.
Pourtant, l’échec de cette politique, appliquée avec zèle depuis quarante ans, est avéré. La stratégie la plus répressive d’Europe a paradoxalement dopé le trafic et fait des Français – à commencer par les adolescents – les plus gros consommateurs du continent.
Les rapports sur le sujet, commandés – et aussitôt enterrés – par les gouvernements successifs depuis des décennies, ont pourtant tous conclu à l’obsolescence de la loi de 1970 et recommandé des stratégies plus pragmatiques pour lutter contre les addictions et les trafics, basées sur la limitation des risques plutôt que sur la répression des usagers.
Comme ce fut le cas pour la prohibition de l’alcool aux États-Unis, l’interdiction du cannabis, sans réduire sa consommation, a engendré une économie parallèle incontrôlable, source de revenus colossaux pour des organisations criminelles qui se renforcent sans cesse et mettent en coupe réglée des quartiers entiers, où règne leur loi plutôt que celles de la République.
Quelques maires de cités dites « sensibles » l’ont bien compris, comme Stéphane Gatignon ou Jean-Christophe Lagarde, qui ont osé briser le tabou et affichent leur conviction que seule la fin de la prohibition permettra de venir à bout des trafics qui minent ces villes.
C’est également le cas de l’ancien Ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant, convaincu désormais de la nécessité d’une légalisation contrôlée du cannabis, et qui anime un groupe de travail parlementaire sur la question. Nous attendons avec intérêt ses conclusions.
Ces quelques voix encore isolées réussiront-elles à convaincre l’ensemble de la gauche de porter ce projet nécessaire aux prochaines échéances électorales ? Il faut l’espérer, parce qu’il n’y a rien à attendre en la matière de la part de la majorité conservatrice au pouvoir.
Encore que, à l’heure où le gouvernement cherche désespérément de nouvelles rentrées fiscales pour boucler son budget, nous lui suggérons de calculer ce que rapporterait une taxe sur le cannabis légalisé.
Le MLG appelle ses sympathisants à participer au rassemblement du « 18 joint » organisé par le CIRC ce vendredi 18 juin à partir de 18h au Parc de la Villette.
Plus d’information : http://www.18joint.org
L’avenir libéral du socialisme, par Daniel Innerarity
27/05/10
Daniel Innerarity est un philosophe espagnol. Professeur à l’Université de Zaragoza et chroniqueur réputé du quotidien El Pais, son travail vise à réhabiliter la politique, sans nostalgie mais à partir de ce qu’elle peut être aujourd’hui, alors qu’elle connait une transformation fondamentale. Il la conçoit comme l’art de gérer la contingence et appelle de ses vœux, au-delà de la “troisième voie”, à une rénovation de la gauche inspirée par la pensée libérale.
Anthony Giddens, un des principaux idéologues de la troisième voie, avait donné à son livre-programme un sous-titre : La rénovation de la social-démocratie. Je voudrais ici poser les bases d’une autre rénovation de la social-démocratie qui prendrait comme fil directeur la tradition libérale.
Une des tâches les plus urgentes du socialisme libéral devrait être la limitation du pouvoir étatique et l’élimination des positions dominantes dans le domaine économique. On considère habituellement que ces dernières ont leur origine dans une liberté excessive du marché alors que, tout au contraire, c’est l’absence de liberté économique qui en est la cause.
L’ordre constitutionnel et démocratique ne peut être viable que s’il reconnaît et combat activement l’existence de concentrations de pouvoir incompatibles avec la liberté. Il s’agirait donc de généraliser le principe constitutionnel de la limitation du pouvoir en l’appliquant au monde de l’économie, qui souffre beaucoup, aujourd’hui, des distorsions dues aux nouveaux oligopoles, dont certains Etats faibles se font les complices.
La gauche a de grandes difficultés à mener à bien cette rénovation parce qu’elle ne parvient pas à se défaire de sa tendance à l’étatisation. La social-démocratie – et pas seulement la gauche radicale – n’a pas compris que l’exigence de dérégulation n’est pas un slogan capitaliste mais l’exigence croissante d’une société individualisée. La gauche a manqué l’occasion de s’approprier cette revendication d’un espace plus ample de liberté pour la gestion autonome de sa propre vie. Elle n’a pas su profiter de cette chance qui lui était offerte : convertir le désir de désétatisation en tremplin pour une rénovation libérale de la société et pour éviter l’instrumentalisation de celle-ci par les pouvoirs économiques. Si le socialisme veut à nouveau être reconnu comme une force de transformation de la société, il doit récupérer sa capacité subversive, libertaire. Peut-on concevoir une gauche individualiste, anti-étatique, qui ne chercherait pas à réaliser la justice sociale au moyen de la redistribution étatique mais grâce à une meilleure égalité des chances face au marché, en promouvant l’initiative et la responsabilité ?
Une telle rénovation du socialisme n’est concevable que si l’on se livre à un examen général de son histoire, en remontant jusqu’à ses origines. Au XVIIIe siècle, la gauche était favorable non seulement à la liberté politique mais à la liberté économique. Les différentes traditions qui lui donnèrent forme défendaient le marché libre et l’ouverture du commerce mondial, et elles croyaient en la force civilisatrice de la passion du lucre. Ce furent les apologistes de la restauration qui réclamèrent un contrôle strict de la vie économique. La première critique radicale du capitalisme fit son apparition du côté de la droite autoritaire. Cette corrélation s’inversa au XIXe siècle. La gauche devint collectiviste et, grâce à la répression des courants libertaires du mouvement ouvrier, elle se convertit à la défense de la planification étatique. La droite, inversement, d’abord antilibérale, se transforma jusqu’à se faire l’avocate de la liberté d’entreprise. L’idée du laisser-faire ne fut donc jamais le monopole du libéralisme bourgeois, il était également présent dans les aspirations libertaires du mouvement ouvrier.
L’allocation universelle : une voie libérale vers le communisme, par Jacques Marseille
19/05/10
Jacques Marseille, disparu le 4 mars dernier, était un économiste et un historien aussi brillant qu’iconoclaste. Issu de la gauche marxiste, il était devenu l’un des rares – et probablement le meilleur – défenseur d’un libéralisme authentique dans les médias hexagonaux.
Dans son ouvrage “L’argent des Français”, paru en 2009, il jetait une fois de plus un pavé dans la mare de la pensée économique unique, en proposant une réforme radicale de notre système social, fondée sur l’« allocation universelle ». Si l’idée avait déjà été avancée en France dans les années 90, notamment par le philosophe André Gorz, l’économiste Marseille en détaillait le chiffrage, démontrant ainsi qu’elle était parfaitement réalisable.
Nous voulons lui rendre hommage en publiant ici cet extrait, qu’il avait à l’époque choisi de diffuser sur son site personnel.
« Tant pis pour les paresseux » est bien, en effet, la seule réponse des partisans de l’« allocation universelle » à ceux qui pensent que tout homme est obligé de travailler pour avoir le « droit de vivre ». Car s’il faut « contraindre » les salariés français à travailler pour qu’aujourd’hui 15 % d’entre eux gagnent le SMIC, soit 1 000 euros nets par mois, comment construire sur cette « contrainte » une société moins aliénante et moins soumise à la précarité que celle dans laquelle sont aujourd’hui plongés trop d’entre eux ? En fait, le pari de l’allocation universelle est que l’insertion sociale ne peut se construire sur la contrainte mais sur la confiance placée dans les bénéficiaires de ce nouveau droit.
Une utopie, sans doute, pour tous ceux qui n’accordent aucune confiance aux individus et pensent que seule la contrainte de « gagner son pain à la sueur de son front » est le meilleur garde-fou contre la paresse. Un pari sur l’intérêt et la nature humaine pour tous ceux qui pensent au contraire qu’un individu préférera toujours cumuler ce revenu à un autre salaire, surtout quand ce salaire correspondra à un travail qu’il aura plus librement choisi. Dans notre hypothèse, en effet, un couple de smicards toucherait désormais 3 500 euros par mois (deux SMIC à 1 000 euros nets plus deux allocations universelles à 750 euros), au lieu de 2 000 euros aujourd’hui.
Utopie sans doute aussi pour ceux qui pensent qu’une telle somme est incompatible avec l’état des finances de la France. Pari fondé pourtant sur les comptes, pour ceux qui connaissent le bilan de la protection sociale en France. En 2007, l’ensemble des prestations de protection sociale versées par l’État aux Français a représenté 578 milliards d’euros, soit 29 % du PIB, soit près de 60 % du total des dépenses publiques, soit un peu plus de 9 000 euros par Français. 44,9 % de cette somme sont constitués par les prestations vieillesse, 35,5 % par les remboursements des dépenses de santé, 9,2 % par les aides à la maternité et à la famille, 6,2 % par les aides à l’emploi, 2,6 % par les aides au logement et l,5 % par les aides destinées à combattre l’exclusion sociale. Neuf mille euros donc par Français — le même montant que celui ici envisagé — pour des résultats qui ne sont toutefois pas à la hauteur des sommes engagées.
Création du Mouvement des Libéraux de Gauche
19/05/10
La gauche libérale existe et veut désormais donner de la voix. C’est la raison d’être d’une nouvelle organisation, le Mouvement des Libéraux de Gauche (MLG). Son objectif : favoriser l’émergence d’une gauche nouvelle en France, individualiste et émancipatrice, et présenter des candidats aux élections législatives de 2012.

Fondé au début de l’année 2010, le Mouvement des Libéraux de Gauche veut rassembler tous les libéraux de progrès qui ne trouvent aujourd’hui aucune tribune dans le champ politique français.
A l’heure où la gauche cherche une nouvelle voie, peine à se réinventer et à proposer aux Français un chemin d’espoir, le temps est venu de raviver un message oublié : celui d’une gauche libérale, celle des Lumières, du Droit et de la Raison, qui a inspiré la Révolution de 1789 et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
A mille lieues des recettes étatistes et collectivistes éternellement recyclées par la vieille gauche, le MLG appelle à la renaissance d’une gauche individualiste et émancipatrice qui se donne pour nouvelle frontière, comme l’a fort bien dit un député socialiste il y a quelques temps, d’apporter à chaque individu les moyens de son autonomie.
Ce n’est pas en renforçant encore les pouvoirs de l’État et des administrations que nous construirons une société plus juste, mais bien en luttant contre les privilèges et les statuts particuliers, en favorisant l’égalité des chances et l’accès libre au marché, en promouvant l’initiative individuelle et la responsabilité, en défendant les libertés fondamentales.
Annoncée dans un premier temps sur Facebook, la création du mouvement a aussitôt été saluée par des militants issus de différentes formations politiques, du Parti Socialiste à la Gauche Moderne, en passant par le Modem, les Radicaux de Gauche, Alternative Libérale et le Parti Libéral-Démocrate.
David Poryngier, initiateur et premier Président du mouvement, fut l’un des fondateurs d’Alternative Libérale il y a quelques années, formation sur laquelle il jette désormais un regard critique : « A vouloir rassembler les sympathisants libéraux de tous horizons, des plus progressistes aux plus réactionnaires, AL a fini par mécontenter tous ses militants. »
Convaincu que de nombreux français partagent les valeurs libérales tout en se sentant profondément à gauche, il ne voit là aucune contradiction : « Le socialisme n’a été qu’une parenthèse dans l’histoire de la gauche : celle-ci a été libérale avant d’être marxiste et doit le redevenir aujourd’hui si elle ne veut pas disparaître ».
Les projets du mouvement dans les prochains mois : « rassembler ceux qui attendaient depuis longtemps cette initiative pour s’engager, poser les fondations d’un mouvement pérenne et avancer des idées nouvelles, parfois taboues, dans le débat politique ». Au premier rang de ces propositions, l’allocation universelle, à laquelle le mouvement veut consacrer un colloque à l’automne 2010.

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